Suite à l'ouverture de ce blog à un lectorat plus étendu que mon petit cercle amico-familial de départ, il faut que je m'habitue au fait que des avis divers et variés viennent s'ajouter aux commentaires affectueux de Monsieur D. (cela dit mon coco, pour le tricot, tu peux te brosser; du point de croix, éventuellement, et encore... on en reparlera en novembre, c'est promis) . Or, samedi dernier, une remarque m'a laissée pantoise. La surprise vint du qualificatif de féministe. Autant je peux comprendre cet ami qui m'a demandé un jour "mais t'as vraiment rien de mieux à faire?" parce qu'il m'arrive à moi-même de me poser la question, surtout quand j'ai 6 tas de lessive qui attendent à la salle de bain et un nombre d'heures de sommeil en retard que je n'ai pas assez de doigts - orteils compris - pour compter, autant il m'a fallu relire presque l'ensemble de ma production pour trouver d'où pouvait venir le choix de l'adjectif. Peut-être était-ce dû à mon affirmation que Florence Foresti était aussi - si ce n'est plus - brillante que ses homologues masculins? Réflexion faite, je ne crois pas.
Ce que je crois, c'est que c'est juste une sortie d'homme qui a lu, sur proposition/ordre/menace (biffez les mentions inutiles) de sa femme, des textes expliquant ce qui se passait dans la vie d'une autre femme, plus ou moins du même âge, avec plus ou moins le même type de vie. Qui n'a rien d'une militante. Ce blog n'est que le recueil de morceaux de vie et de sentiments racontés - dans la mesure du possible - avec un peu d'humour. Ce blog ne revendique rien, il raconte, simplement. S'il fait le récit d'un week-end entre filles, ce n'est pas pour dire Mesdames, affirmez-vous, offrez-vous des week-ends sans vos hommes et dépensez les sous qu'ils gagnent pendant que vous vous manucurez les orteils. S'il parle des prises de tête que peut avoir une maman (partiellement travailleuse - partiellement débordée - mais qui fait de son mieux à plein temps), ce n'est pas pour dire "voyez mon triste sort, ne nous laissons pas faire, aux armes et cetera". Je le précise à tout hasard, mais je ne crois pas que mes lecteurs s'y soient réellement trompés. Même ce lecteur un tantinet macho - en apparence du moins - qui avait sûrement juste envie de piquer mon orgueil.
Et puis tout compte fait, il n'avait pas si tort que ça. Déformation professionnelle oblige, je ne pouvais pas me lancer dans cet article sans chercher dans mon super-dictionnaire-de-super-traductrice-super-équipée la définition exacte du féminisme. Et si le terme de doctrine continue de me gêner, j'ai aimé la partie de la définition disant que le féminisme faisait la promotion des droits de la femme et de l'importance de leur rôle dans la société. Là je ne peux pas nier. Je n'estime pas mes droits de femme bafoués, je ne me sens pas spécialement considérée comme inférieure à la gent masculine; donc je ne revendique rien... mais le simple fait de raconter tout ce qui fait ma (notre) vie de trentenaire(s) épanouie(s) (ou pas) suffit à prouver qu'on ne passe pas notre temps à siroter des cafés entre copines entre la grasse mat' et l'heure de la sieste. Je ne clame pas haut et fort que les femmes font tourner le monde, mais je suis en revanche persuadée que chaque femme - du moins celles que j'ai la chance de connaître - fait tourner son petit monde, par une infinité de petites tâches qui, mises bout à bout, donnent un emploi du temps où le farniente n'a pas grande place. Je ne revendique aucune reconnaissance particulière, mais si en plus de faire sourire quelques lectrices par une anecdote ou l'autre qui les renvoie à leur propre expérience et les fait se dire "c'est exactement ça", mes articles pouvaient ouvrir les yeux d'un seul homme sur tout ce que fait dans l'ombre sa conjointe au quotidien et qui lui rend la vie plus facile ou plus belle, sur toutes les difficultés qu'elle gère avant même qu'il n'en ait connaissance et sur les sentiments divers et doutes qui peuvent l'habiter à propos de sa capacité à être à la hauteur de son immense tâche, alors je pourrai en conclure que non, je n'avais vraiment rien de mieux à faire que de tenir ce blog.
Ce blog c'est...
Un peu de tout, de moi, de nous... A lire, à sourire, à commenter et à partager!
mercredi 17 juin 2015
mercredi 10 juin 2015
Maman foot est en vacances!
En jetant un œil à mon agenda multicolonnes Betty Bossi, je constate qu'il ne reste qu'une dizaine de jours avant la partie hachurée avec un enthousiasme révélateur et la mention "vacances" en caractères majuscules-gras-agrémentés de paillettes. Mais ces dix derniers jours ne comptent pas vraiment, ils sont allégés par l'absence du mot qui apparaît le plus souvent sur l'année. Quatre petites lettres, bon nombre d'aller-retour, pas mal de temps de jeu et un nombre infini de brins d'herbe. F-O-O-T. C'est la rançon de la gloire, le prix à payer quand on est une pondeuse d'élite (cf. Appelez-la Madame).
J'ai lu l'autre jour une ânerie sur Facebook affirmant que les âmes erraient et sautaient dans le corps des bébés en fonction du caractère de leurs parents. Hem. J'ai lu en vitesse, j'avoue. Et je ne me moque pas du tout des esprits moins cartésiens que moi qui y croient. Quelque part, ça expliquerait même pourquoi je me retrouve à arpenter les bords de terrain de tout le Bas-Valais pendant que d'autres se coltinent des spectacles de danse. Heureusement que les âmes des Blondinets (tous numéros confondus) n'ont pas atterri chez une maman trop réfractaire au ballon rond. Mais que l'on mette cela sur le compte des âmes vagabondes, de la génétique ou simplement des goûts et habitudes que nous transmettons à nos enfants, le résultat est le même: le samedi, j'ai foot. Ainsi que le lundi, le mardi, le jeudi, avec parfois un petit match à rattraper le mercredi, des fois qu'on serait désœuvré.
J'ai lu l'autre jour une ânerie sur Facebook affirmant que les âmes erraient et sautaient dans le corps des bébés en fonction du caractère de leurs parents. Hem. J'ai lu en vitesse, j'avoue. Et je ne me moque pas du tout des esprits moins cartésiens que moi qui y croient. Quelque part, ça expliquerait même pourquoi je me retrouve à arpenter les bords de terrain de tout le Bas-Valais pendant que d'autres se coltinent des spectacles de danse. Heureusement que les âmes des Blondinets (tous numéros confondus) n'ont pas atterri chez une maman trop réfractaire au ballon rond. Mais que l'on mette cela sur le compte des âmes vagabondes, de la génétique ou simplement des goûts et habitudes que nous transmettons à nos enfants, le résultat est le même: le samedi, j'ai foot. Ainsi que le lundi, le mardi, le jeudi, avec parfois un petit match à rattraper le mercredi, des fois qu'on serait désœuvré.
Le statut de maman foot attire généralement la sympathie et la compassion des autres mamans. Déjà que quand les gens apprennent que tu as trois garçons, certains hésitent entre les félicitations pour ta contribution aux effectifs de l'Armée suisse et les condoléances, quand tu ajoutes que les deux grands font du foot, plus personne n'a de doute quant au sacrifice consenti, week-end après week-end, année après année. Bien sûr, ça prend du temps. Bien sûr c'est parfois contraignant. Bien sûr, je râle quand je dois décrotter les crampons au burin pour venir à bout de la terre séchée qui garnit les chaussures oubliées au fond du sac. Bien sûr ça remplit le bac de linge sale de tissu synthétique qui ne sent pas la rose. Pourtant, rassurez-vous, il y a des bons côtés. Déjà, par rapport aux mamans de hockeyeurs, y a pas photo, que ce soit au niveau de l'équipement, des trajets pour les tournois à Pétaouchnok-Sud ou de la température ambiante pendant les heures passées à encourager son gamin. J'ai jamais vu une maman hockey prendre un coup de soleil au troisième tiers, tandis que le soleil d'avril nous réchauffe déjà les naseaux et que le teint hâlé patiemment acquis samedi après samedi fait pâlir d'envie toutes les mamans de basketteurs. Le printemps de la maman foot, c'est terrain, certes, mais c'est aussi lunettes de soleil, crème 50+ et verre de blanc à la mi-temps (et re-verre de blanc à la fin du match et re-verre de blanc parce que c'est l'heure de l'apéro de midi, et re-....) Conclusion: on est pas si mal au bord d'un rectangle de pelouse.
Il faut dire aussi que, quel que soit le sport choisi par nos chérubins, nous n'avons guère d'autre choix que d'être leurs premiers supporters. Or, à titre personnel, je trouve plus facile d'encourager des footballeurs en herbe que des boxeurs. Ca me semble moins dangereux pour leur profil. Et ça n'aurait pas été plus passionnant s'ils avaient opté pour le yoseikan budo ou un autre art martial auquel je ne connais que pouic. Là au moins, j'arrive à suivre le score. En plus, être footballeur dans l'âme, ça simplifie la vie: un ballon sous la main et tu peux jouer partout. Pour les gamins qui font de l'équitation, c'est moins facile de mettre le canasson dans le coffre quand tu vas à la piscine municipale.
Bref, je suis une maman foot et je le vis bien. La saison s'est achevée hier soir avec le dernier match, la dernière victoire, le dernier goal de Blondinet II. Maman foot est en vacances. Plus besoin de s'engouffrer dans la ruelle menant au stade au milieu des autres papas et mamans à l'heure où le ballet des voitures allant et venant semble sorti tout droit d'un film de Tim Burton. Plus besoin de jongler entre les heures de rendez-vous et de début des matchs, de remplir avec une rigueur quasi militaire les sacs à bandoulière tout en faisant réciter une dictée ou en grognant pour qu'un Blondinet à la bourre avale son goûter. Mais plus non plus de frissons en voyant son enfant s'avancer devant le but. Plus de mains qui applaudissent ni de bras qui se lèvent pour célébrer un goal ou une victoire. Plus de ces petits instants de fierté devant une jolie action, ni d'émotion de voir son fils vibrer, se donner à fond et exploser de joie. Parce que c'est aussi ça, la vie de maman foot. Alors je vais évidemment profiter de l'absence de contraintes horaires ces prochaines semaines, mais quand même, vivement la reprise ;) Bel été à toutes les mamans foot!
Il faut dire aussi que, quel que soit le sport choisi par nos chérubins, nous n'avons guère d'autre choix que d'être leurs premiers supporters. Or, à titre personnel, je trouve plus facile d'encourager des footballeurs en herbe que des boxeurs. Ca me semble moins dangereux pour leur profil. Et ça n'aurait pas été plus passionnant s'ils avaient opté pour le yoseikan budo ou un autre art martial auquel je ne connais que pouic. Là au moins, j'arrive à suivre le score. En plus, être footballeur dans l'âme, ça simplifie la vie: un ballon sous la main et tu peux jouer partout. Pour les gamins qui font de l'équitation, c'est moins facile de mettre le canasson dans le coffre quand tu vas à la piscine municipale.
Bref, je suis une maman foot et je le vis bien. La saison s'est achevée hier soir avec le dernier match, la dernière victoire, le dernier goal de Blondinet II. Maman foot est en vacances. Plus besoin de s'engouffrer dans la ruelle menant au stade au milieu des autres papas et mamans à l'heure où le ballet des voitures allant et venant semble sorti tout droit d'un film de Tim Burton. Plus besoin de jongler entre les heures de rendez-vous et de début des matchs, de remplir avec une rigueur quasi militaire les sacs à bandoulière tout en faisant réciter une dictée ou en grognant pour qu'un Blondinet à la bourre avale son goûter. Mais plus non plus de frissons en voyant son enfant s'avancer devant le but. Plus de mains qui applaudissent ni de bras qui se lèvent pour célébrer un goal ou une victoire. Plus de ces petits instants de fierté devant une jolie action, ni d'émotion de voir son fils vibrer, se donner à fond et exploser de joie. Parce que c'est aussi ça, la vie de maman foot. Alors je vais évidemment profiter de l'absence de contraintes horaires ces prochaines semaines, mais quand même, vivement la reprise ;) Bel été à toutes les mamans foot!
jeudi 4 juin 2015
Déni de nostalgie
Je me disais dernièrement (c.-à-d. ce matin, dans cet instant si propice aux pensées profondes où je regarde couler le lait entre les céréales de Blondinet III, juste avant que son moyen-grand-frère ne me sorte de cette bénéfique torpeur par un éternuement propre à réveiller un mort) que la vie est quand même sacrément bien faite. Je m'estime sortie de la phase parentale où on s'émerveille du premier sourire, de la première dent, du premier pas. Et heureusement. Parce qu'avec les soucis qui te tombent sur le museau quand les mômes grandissent, t'as plus tellement le temps de leur reluquer les gencives. Enfin si, tu reluques. Pour faire un devis estimatif des coûts orthodontiques que tu vas avoir à assumer. Pour ne pas oublier d'aller mettre le petit sou sous l'oreiller le jour où Blondinet II perdra encore une quenotte (c'est quand même dingue ça, mais même aux pires moments - style quand il y a un décalage de 4 millimètres de hauteur entre l'incisive du milieu droit et celle du milieu gauche, et 4 autres millimètres entre celle du milieu gauche et celle du bord et que le tableau complet te rappelle les passerelles de bois et de corde dans Indiana Jones et que tu te demandes quelle est la planche qui va lâcher en premier, bien consciente que les autres vont suivre comme des dominos - ben même là, il m'est arrivé d'oublier le dessous de l'oreiller). Tout ça pour dire que les préoccupations changent en même temps que les enfants, et c'est tant mieux.
Bien sûr il faut s'occuper des devoirs au lieu d'aider Blondinet Ier à construire une caserne de pompiers en Lego. On commence à s'inquiéter davantage de ce sur quoi il pourrait tomber par inadvertance sur un site internet inapproprié que de son addiction à Dora l'exploratrice. Bien sûr on passe plus de temps dans la voiture à jouer les taxis pour un entraînement de foot ou un anniversaire qu'au parc à regarder lascivement un blondinet ou deux faire du toboggan... Mais globalement, la vie est quand même plus facile. D'aucuns se plaindraient, les yeux pleins de nostalgie, que ça grandit trop vite. La nostalgie, très peu pour moi.
Il y a quand même une chose que je regrette de la petite enfance (je ne sais pas si j'ai raison - et j'ai un peu la flemme de chercher - mais il me semble que "petite enfance" désigne les trois premières années, et cette classification me semble plutôt pertinente). Avant, quand on me disait "ben dis donc, trois garçons, ça doit être du sport", je répondais avec un grand sourire que ça allait, vantant la sagesse et le calme de ma progéniture. Mais ça, c'était avant. Quand ils s'endormaient dans la voiture en rentrant du ski. Quand ils n'essayaient pas de grappiller quelques minutes de la deuxième mi-temps de la demi-finale de la Champions League parce qu'on arrivait à les paqueter avant le début du match (et qu'ils ignoraient jusqu'à l'existence de la Champions League). Maintenant, quand on rentre d'une journée de ski que je juge, du haut de mes 36 piges, harassante, à laquelle on a ajouté une halte aux bains thermaux histoire d'achever les bêtes, et que je vois mes trois blondinets quitter leurs bottes de neige pour leurs baskets afin d'aller jour au foot sur notre carré de pelouse où la neige a déjà fondu, je me dis que la réponse est à revoir. Oui, trois garçons, c'est du sport. De plus en plus souvent, je me demande si je n'ai pas engendré des lapins Duracell. Sauf que je n'ai pas encore trouvé le logement des piles.
Et puis il y a ces moments-clés où en dépit de ma volonté de profiter des avantages du présent plutôt que de pleurnicher sur les "areu" passés, j'ai un petit pincement au cœur...
... Le moment où j'ai lâché le vélo de Blondinet III ce printemps, et où il s'est élancé avec la confiance insolente de ses 4 ans, tandis que je prenais conscience que jamais plus, je ne lâcherai de vélo pour la première fois;
... Celui où j'entends Blondinet II lire une blague Carambar à son petit frère et où je constate que je ne me souviens déjà plus du moment où il déchiffrait péniblement les syllabes d'une langue dont j'aime tant la richesse mais que je peux copieusement détester pour les obstacles qu'elle inflige à mes rejetons essayant de la dompter;
... Les anniversaires, Blondinet Ier qui change de décennie en ce 4 juin. Wahou. Il y a 10 ans comme maintenant, l'adrénaline au maximum après une nuit blanche en salle d'accouchement et la fierté à 315 %, je piaffais d'impatience de voir débarquer dans ma chambre d'hôpital autre chose qu'une blouse blanche et de pouvoir présenter à mes proches ma première plus belle réussite;
... Blondinet III qui est parti hier, sac sur le dos, casquette vissée sur la tête et lunettes de soleil sur le nez, et qui malgré ses larmes au départ du train a pris un pied d'enfer pour sa première "promenade d'école" (ne surtout pas lui dire que c'était juste la promenade des futurs écoliers), sans maman qu'il ne voulait pourtant pas lâcher.
Le 20 août prochain, nous serons tous dans la cour d'école, et pour la première fois, j'en ressortirai seule. Et tandis que Blondinet Ier et Blondinet II, rodés à l'exercice, courront vers leurs copains sans jeter un regard en arrière, il se peut que Blondinet III ait du mal à lâcher ma main. Mais il finira par la lâcher pour prendre celle d'un petit camarade. Il y aura peut-être, comme hier, quelques larmes. Mais même si je continue de clamer haut et fort que la nostalgie n'est pas mon truc, je ne suis pas totalement certaine que les yeux de mon dernier-né seront les seuls embués.
Bien sûr il faut s'occuper des devoirs au lieu d'aider Blondinet Ier à construire une caserne de pompiers en Lego. On commence à s'inquiéter davantage de ce sur quoi il pourrait tomber par inadvertance sur un site internet inapproprié que de son addiction à Dora l'exploratrice. Bien sûr on passe plus de temps dans la voiture à jouer les taxis pour un entraînement de foot ou un anniversaire qu'au parc à regarder lascivement un blondinet ou deux faire du toboggan... Mais globalement, la vie est quand même plus facile. D'aucuns se plaindraient, les yeux pleins de nostalgie, que ça grandit trop vite. La nostalgie, très peu pour moi.
Il y a quand même une chose que je regrette de la petite enfance (je ne sais pas si j'ai raison - et j'ai un peu la flemme de chercher - mais il me semble que "petite enfance" désigne les trois premières années, et cette classification me semble plutôt pertinente). Avant, quand on me disait "ben dis donc, trois garçons, ça doit être du sport", je répondais avec un grand sourire que ça allait, vantant la sagesse et le calme de ma progéniture. Mais ça, c'était avant. Quand ils s'endormaient dans la voiture en rentrant du ski. Quand ils n'essayaient pas de grappiller quelques minutes de la deuxième mi-temps de la demi-finale de la Champions League parce qu'on arrivait à les paqueter avant le début du match (et qu'ils ignoraient jusqu'à l'existence de la Champions League). Maintenant, quand on rentre d'une journée de ski que je juge, du haut de mes 36 piges, harassante, à laquelle on a ajouté une halte aux bains thermaux histoire d'achever les bêtes, et que je vois mes trois blondinets quitter leurs bottes de neige pour leurs baskets afin d'aller jour au foot sur notre carré de pelouse où la neige a déjà fondu, je me dis que la réponse est à revoir. Oui, trois garçons, c'est du sport. De plus en plus souvent, je me demande si je n'ai pas engendré des lapins Duracell. Sauf que je n'ai pas encore trouvé le logement des piles.
Et puis il y a ces moments-clés où en dépit de ma volonté de profiter des avantages du présent plutôt que de pleurnicher sur les "areu" passés, j'ai un petit pincement au cœur...
... Le moment où j'ai lâché le vélo de Blondinet III ce printemps, et où il s'est élancé avec la confiance insolente de ses 4 ans, tandis que je prenais conscience que jamais plus, je ne lâcherai de vélo pour la première fois;
... Celui où j'entends Blondinet II lire une blague Carambar à son petit frère et où je constate que je ne me souviens déjà plus du moment où il déchiffrait péniblement les syllabes d'une langue dont j'aime tant la richesse mais que je peux copieusement détester pour les obstacles qu'elle inflige à mes rejetons essayant de la dompter;
... Les anniversaires, Blondinet Ier qui change de décennie en ce 4 juin. Wahou. Il y a 10 ans comme maintenant, l'adrénaline au maximum après une nuit blanche en salle d'accouchement et la fierté à 315 %, je piaffais d'impatience de voir débarquer dans ma chambre d'hôpital autre chose qu'une blouse blanche et de pouvoir présenter à mes proches ma première plus belle réussite;
... Blondinet III qui est parti hier, sac sur le dos, casquette vissée sur la tête et lunettes de soleil sur le nez, et qui malgré ses larmes au départ du train a pris un pied d'enfer pour sa première "promenade d'école" (ne surtout pas lui dire que c'était juste la promenade des futurs écoliers), sans maman qu'il ne voulait pourtant pas lâcher.
Le 20 août prochain, nous serons tous dans la cour d'école, et pour la première fois, j'en ressortirai seule. Et tandis que Blondinet Ier et Blondinet II, rodés à l'exercice, courront vers leurs copains sans jeter un regard en arrière, il se peut que Blondinet III ait du mal à lâcher ma main. Mais il finira par la lâcher pour prendre celle d'un petit camarade. Il y aura peut-être, comme hier, quelques larmes. Mais même si je continue de clamer haut et fort que la nostalgie n'est pas mon truc, je ne suis pas totalement certaine que les yeux de mon dernier-né seront les seuls embués.
dimanche 31 mai 2015
Dans le port...
Il y a des endroits où l'on ne peut s'empêcher de fredonner une chanson célèbre. Je me suis ainsi retrouvée à arpenter les rues de Paris en cherchant les noms des rues de la Place des Grands Hommes (si quelqu'un doute encore de la pérennité de ma passion bruélienne, qu'il en profite pour relire l'article Paléo time de la catégorie Spectacles et sorties - et hop vas-y que je te fais un petit coup d'autopromo vantant la super-nouvelle organisation de mon blog, d'ailleurs, vous avez vu que je lui avais fait un petit relooking printanier? non parce que je me donne du mal pour vous quand même!), à chanter du Thierry Hazard dans le brouillard londonien. Vaut mieux pour ces pauvres Irlandais que je n'aille pas tout de suite visiter les lacs du Connemara, l'hymne de Sardou ayant déjà traumatisé bon nombre d'Autrichiens (c'est une longue histoire que j'aurais beaucoup de plaisir à raconter, mais ça remonte à 15 piges, ma mémoire affirme qu'il y a indiscutablement prescription). Bref, je m'égare, revenons plus au sud - mais pas de beaucoup.
Ce printemps a été l'occasion d'une nouvelle escapade entre filles. Cette année, Amsterdam pour ces dames. Quand on dit qu'on part en week-end à Amsterdam, les gens vous imaginent tout de suite en train de parcourir les rues aux vitrines douteuses, slalomant entre les péripatéticiennes et les vendeurs de substances psychotropes, un pétard dans une main et une Heineken dans l'autre. Il est donc grand temps que quelqu'un explique qu'Amsterdam, ce n'est pas forcément ça.
Tout d'abord, même si on s'escrime pendant 3 jours à rechercher la première phrase de la chanson (qu'on ne retrouve pas sans tricherie googlesque éhontée), s'il y a bien une chose qu'il n'est pas nécessaire d'aller voir dans la capitale batave, c'est son port. Par contre, parcourir un bout de ville sur un bateau-mouche, une péniche, un pédalo ou un paddle board (si si, on en a vus!), c'est agréablement bucolique. La présence même des canaux est des plus relaxante et confère à la ville une atmosphère d'une grande sérénité. En trois jours, nous n'avons pas vu de gens courir comme pour rattraper le temps, impression récurrente - et bien triste - que l'on peut avoir dans d'autres capitales. Le moyen de transport amstellois par excellence, c'est le vélo. Mais attention: pas un vélo au sens où on l'imagine dans nos contrées montagneuses où tu as pour option le vélo de course pour jouer les Christopher Froome de seconde zone ou le VTT-tout-suspendu indispensable aux cinglés du Grand Raid, non, un vélo au look improbable, équipé d'un panier ou d'un porte-bagage à l'avant, qui mise tout sur son aspect pratique. Un peu la version pour adulte du vélo avec guidon coudé Barbie que tu rêvais d'avoir à 6 ans mais que tu aurais eu fichtrement la honte de monter à 14. Ben là-bas personne n'a honte, tout le monde a plus ou moins le même, avec en guise d'ornement une chaîne-cadenas qui entraînerait probablement le cycle au fond du canal si son conducteur quittait la route au mauvais endroit par suite d'une absorption excessive des substances légales mentionnées plus haut. Tout ça pour dire, qu'à Amsterdam, le vélo est roi, à tel point que quand tu te balades à pied, tu échappes bien plus de fois par jour à la mort par percussion cycliste qu'à des accidents imputables à l'inadvertance d'un conducteur automobile. Cette préférence en matière de moyen de locomotion évite au touriste d'inhaler trop de gaz d'échappement (ça doit être pour compenser ce qu'il inhale sur les terrasses des coffee shops), et puis même s'ils font comme chez eux, ces cyclistes, une sonnette de vélo sera toujours moins agressive que les klaxons romains.
En termes de gastronomie, les guides et autres ouvrages de conseils pour aventuriers du dimanche (ceux qui préfèrent la valise à roulettes format bagage de cabine - dans laquelle tu arrives encore à glisser ton sac à main au moment de l'embarquement où l'hôtesse te fera immanquablement remarquer que tu n'as droit qu'à UN bagage - au sac à dos XXL, et l'avion de 6h40 à l'option combinée train de nuit/bus bondé/dos de mulet) recommandent de ne pas se faire trop d'illusions sur les spécialités néerlandaises, nous avons donc opté, avec une réussite certaine, pour des pâtes bien italiennes, des sushis bien japonais et de la viande de-je-sais-plus-où (pis à vrai dire, on a même mangé dans un bouib qui avait un nom assez vlaams et une carte sans nationalité précise, et on s'est régalées quand même ;). On a goûté du gouda par acquit de conscience, et ma conscience étant maintenant acquittée, je suis en mesure de vous confirmer que c'est pas bon. Niveau shopping, par contre, y a de quoi faire. Et les gens sont sympas. Nous n'avons pas été en mesure de définir s'ils étaient sympas juste avec nous parce que nous sommes nous-mêmes éminemment sympathiques et attachantes (ce dont aucun lecteur ne devrait douter) ou si tous les Néerlandais joviaux, accueillants et commerçants résident à Amsterdam et envoient tous les grossiers personnages en vacances (me dites pas que vous avez jamais eu dans un camping un groupe de Hollandais d'une discrétion toute relative, parlant dans une langue semblant conçue pour vous écorcher les oreilles autant que le haut-valaisan, à un volume sonore qui devrait être interdit par les gérants - non parce que vu tout ce qui est interdit dans certains campings, il ne serait vraiment pas abusif d'interdire le Dutch hein - un jour rappelez-moi de vous raconter à ce sujet la fabuleuse histoire d'Igor-d'Hossegor, le maître nageur castrateur exilé en Corse!). Bref, on s'est senties bien à Amsterdam. On a fait un bain culturel au musée Van Gogh, un bain d'histoire dans la maison d'Anne Frank, des bains de foule dans les rues pleines d'effervescence d'une capitale en week-end. Nous sommes rentrées heureuses (et propres, avec tous ces bains!) et amoureuses de la ville.
Mais nous n'avons pas été au musée du sexe. Parce que finalement, on s'en foutait un peu de cette attraction touristique-là. Les innombrables enterrements de vie de garçon et de jeune fille rappellent qu'on est dans une ville avec cet aspect qu'on ne trouve pas chez nous (quoique je suis sûre que moyennant une consommation de fendant suffisante, il ne serait pas impossible de rencontrer sur la place centrale une bande ou l'autre de donzelles portant sur la tête un cerceau orné d'antennes en forme de pénis).
Nous n'avons pas donné la priorité au Red light District, parce qu'honnêtement, on a bien assez à faire avec le maintien acceptable de notre propre musculature fessière pour aller s'extasier sur celles exposées en vitrine.
Nous n'avons pas goûté les mets locaux les plus improbables, invariablement parfumés au cannabis, le doux fumet généreusement partagé par certains voisins de tablée en terrasse était suffisant.
Je viens de répondre aux trois questions qu'on m'a le plus posées ces cinq derniers jours; et malgré les réponses négatives qui ont eu l'air de faire naître le doute chez mes interlocuteurs quant au degré de divertissement de notre week-end, je peux vous garantir qu'Amsterdam promet un séjour inoubliable, même avec des aspirations différentes. Il y en a pour tous les goûts; allez-y en couple et placez un cadenas enamouré sur un pont; allez-y entre potes et mettez-vous sur le toit entre la brasserie Heineken et le Icebar; allez-y entre copines et faites chauffer la Visa dans Kalverstraat ... L'essentiel dans une escapade de ce genre, c'est avant tout d'y aller avec des personnes dans le même délire que vous.
De trois jours d'évasion, on garde des images de canaux, de ponts, de vélos, de rues entières, on garde des photos, plus ou moins réussies... Mais on garde surtout en mémoire les anecdotes qu'on essaiera de raconter ensuite tout en sachant que personne ne comprendra vraiment, les phrases cultes qu'on se répétera en riant aux larmes lors d'un prochain souper, ces moments et ces mots qui nourrissent une amitié... L'essentiel dans une escapade de ce genre, c'est ce que l'on vit ensemble autant que ce que l'on voit.
Ce printemps a été l'occasion d'une nouvelle escapade entre filles. Cette année, Amsterdam pour ces dames. Quand on dit qu'on part en week-end à Amsterdam, les gens vous imaginent tout de suite en train de parcourir les rues aux vitrines douteuses, slalomant entre les péripatéticiennes et les vendeurs de substances psychotropes, un pétard dans une main et une Heineken dans l'autre. Il est donc grand temps que quelqu'un explique qu'Amsterdam, ce n'est pas forcément ça.
Tout d'abord, même si on s'escrime pendant 3 jours à rechercher la première phrase de la chanson (qu'on ne retrouve pas sans tricherie googlesque éhontée), s'il y a bien une chose qu'il n'est pas nécessaire d'aller voir dans la capitale batave, c'est son port. Par contre, parcourir un bout de ville sur un bateau-mouche, une péniche, un pédalo ou un paddle board (si si, on en a vus!), c'est agréablement bucolique. La présence même des canaux est des plus relaxante et confère à la ville une atmosphère d'une grande sérénité. En trois jours, nous n'avons pas vu de gens courir comme pour rattraper le temps, impression récurrente - et bien triste - que l'on peut avoir dans d'autres capitales. Le moyen de transport amstellois par excellence, c'est le vélo. Mais attention: pas un vélo au sens où on l'imagine dans nos contrées montagneuses où tu as pour option le vélo de course pour jouer les Christopher Froome de seconde zone ou le VTT-tout-suspendu indispensable aux cinglés du Grand Raid, non, un vélo au look improbable, équipé d'un panier ou d'un porte-bagage à l'avant, qui mise tout sur son aspect pratique. Un peu la version pour adulte du vélo avec guidon coudé Barbie que tu rêvais d'avoir à 6 ans mais que tu aurais eu fichtrement la honte de monter à 14. Ben là-bas personne n'a honte, tout le monde a plus ou moins le même, avec en guise d'ornement une chaîne-cadenas qui entraînerait probablement le cycle au fond du canal si son conducteur quittait la route au mauvais endroit par suite d'une absorption excessive des substances légales mentionnées plus haut. Tout ça pour dire, qu'à Amsterdam, le vélo est roi, à tel point que quand tu te balades à pied, tu échappes bien plus de fois par jour à la mort par percussion cycliste qu'à des accidents imputables à l'inadvertance d'un conducteur automobile. Cette préférence en matière de moyen de locomotion évite au touriste d'inhaler trop de gaz d'échappement (ça doit être pour compenser ce qu'il inhale sur les terrasses des coffee shops), et puis même s'ils font comme chez eux, ces cyclistes, une sonnette de vélo sera toujours moins agressive que les klaxons romains.
En termes de gastronomie, les guides et autres ouvrages de conseils pour aventuriers du dimanche (ceux qui préfèrent la valise à roulettes format bagage de cabine - dans laquelle tu arrives encore à glisser ton sac à main au moment de l'embarquement où l'hôtesse te fera immanquablement remarquer que tu n'as droit qu'à UN bagage - au sac à dos XXL, et l'avion de 6h40 à l'option combinée train de nuit/bus bondé/dos de mulet) recommandent de ne pas se faire trop d'illusions sur les spécialités néerlandaises, nous avons donc opté, avec une réussite certaine, pour des pâtes bien italiennes, des sushis bien japonais et de la viande de-je-sais-plus-où (pis à vrai dire, on a même mangé dans un bouib qui avait un nom assez vlaams et une carte sans nationalité précise, et on s'est régalées quand même ;). On a goûté du gouda par acquit de conscience, et ma conscience étant maintenant acquittée, je suis en mesure de vous confirmer que c'est pas bon. Niveau shopping, par contre, y a de quoi faire. Et les gens sont sympas. Nous n'avons pas été en mesure de définir s'ils étaient sympas juste avec nous parce que nous sommes nous-mêmes éminemment sympathiques et attachantes (ce dont aucun lecteur ne devrait douter) ou si tous les Néerlandais joviaux, accueillants et commerçants résident à Amsterdam et envoient tous les grossiers personnages en vacances (me dites pas que vous avez jamais eu dans un camping un groupe de Hollandais d'une discrétion toute relative, parlant dans une langue semblant conçue pour vous écorcher les oreilles autant que le haut-valaisan, à un volume sonore qui devrait être interdit par les gérants - non parce que vu tout ce qui est interdit dans certains campings, il ne serait vraiment pas abusif d'interdire le Dutch hein - un jour rappelez-moi de vous raconter à ce sujet la fabuleuse histoire d'Igor-d'Hossegor, le maître nageur castrateur exilé en Corse!). Bref, on s'est senties bien à Amsterdam. On a fait un bain culturel au musée Van Gogh, un bain d'histoire dans la maison d'Anne Frank, des bains de foule dans les rues pleines d'effervescence d'une capitale en week-end. Nous sommes rentrées heureuses (et propres, avec tous ces bains!) et amoureuses de la ville.
Mais nous n'avons pas été au musée du sexe. Parce que finalement, on s'en foutait un peu de cette attraction touristique-là. Les innombrables enterrements de vie de garçon et de jeune fille rappellent qu'on est dans une ville avec cet aspect qu'on ne trouve pas chez nous (quoique je suis sûre que moyennant une consommation de fendant suffisante, il ne serait pas impossible de rencontrer sur la place centrale une bande ou l'autre de donzelles portant sur la tête un cerceau orné d'antennes en forme de pénis).
Nous n'avons pas donné la priorité au Red light District, parce qu'honnêtement, on a bien assez à faire avec le maintien acceptable de notre propre musculature fessière pour aller s'extasier sur celles exposées en vitrine.
Nous n'avons pas goûté les mets locaux les plus improbables, invariablement parfumés au cannabis, le doux fumet généreusement partagé par certains voisins de tablée en terrasse était suffisant.
Je viens de répondre aux trois questions qu'on m'a le plus posées ces cinq derniers jours; et malgré les réponses négatives qui ont eu l'air de faire naître le doute chez mes interlocuteurs quant au degré de divertissement de notre week-end, je peux vous garantir qu'Amsterdam promet un séjour inoubliable, même avec des aspirations différentes. Il y en a pour tous les goûts; allez-y en couple et placez un cadenas enamouré sur un pont; allez-y entre potes et mettez-vous sur le toit entre la brasserie Heineken et le Icebar; allez-y entre copines et faites chauffer la Visa dans Kalverstraat ... L'essentiel dans une escapade de ce genre, c'est avant tout d'y aller avec des personnes dans le même délire que vous.
De trois jours d'évasion, on garde des images de canaux, de ponts, de vélos, de rues entières, on garde des photos, plus ou moins réussies... Mais on garde surtout en mémoire les anecdotes qu'on essaiera de raconter ensuite tout en sachant que personne ne comprendra vraiment, les phrases cultes qu'on se répétera en riant aux larmes lors d'un prochain souper, ces moments et ces mots qui nourrissent une amitié... L'essentiel dans une escapade de ce genre, c'est ce que l'on vit ensemble autant que ce que l'on voit.
mardi 19 mai 2015
Appelez-la Madame
Jeudi 7 mai 2015. Nous sommes assis dans l'obscurité en attendant l'artiste. Musique entraînante, puis elle apparaît, vêtue comme à son habitude de noir, une combi qui lui va à ravir, un soupçon de transparence sur les flancs pour la féminité, sa coupe au carré qui a repoussé. Il faut une seconde à ce petit bout de femme pour envahir l'immense scène et irradier de sa présence la salle gigantesque. D'accessoires, elle n'en a pas un; sa gouaille lui suffit largement. Florence Foresti se suffit à elle-même.
Pendant près de deux heures, elle nous régale de sa verve. Les bons mots et les vannes s'enchaînent à un tel rythme qu'on ne parvient même pas à les retenir. Après Mother Fucker qui présentait son expérience de la grossesse et des débuts de la maternité, elle nous parle de son "après". De la quarantaine abordée avec peu d'espoir et un cynisme certain, de la maternité version "enfant qui grandit" et des joies des devoirs, des autres mamans, forcément mieux organisées, plus performantes, meilleures mères qu'elle - elle considère elle-même qu'elle aurait fait un super papa, mais que comme maman, elle laisse à désirer. A titre personnel, j'ai l'immense privilège de me sentir visée par les vannes sur les mamans de famille nombreuse (c.-à-d. à partir de 2 enfants, selon la vision de l'humoriste), encore davantage lorsqu'elle parle des mamans de garçons, génitrices à succès. On sent que cette maman de fille unique a été égratignée par quelques remarques malvenues. Pour ma part, avec mes trois blondinets, je suis définitivement promue dans la catégorie des pondeuses d'élite. C'est de bonne guerre, Florence, la vie serait tellement moins drôle sans stéréotypes et idées préconçues. Si ça te rassure, même quand on atteint le stade ultime de la réussite procréatrice - les 3 garçons, donc - on se ramasse tout autant de remarques d'une pertinence toute relative (la palme étant attribuée à "va falloir faire un 4e pour tenter la fille" - euh ouais, ou pas quoi, j'ajoute des branches à mon arbre généalogique, là, je suis pas en train de jouer au casino...). Fallait que je le dise. Mais je vais tenter de rester objective malgré cette jalousie totalement justifiée à l'égard de mes trois jackpots dans la grande loterie de la conception.
Revenons à Florence. Je dirais que la justesse de ses réflexions et l'humour qu'elles recèlent feraient sourire un Saint-Hubert (mais si, vous savez, ces chiens qui ont l'air de porter toute la misère du monde sur leurs arcades sourcilières). Juste, c'est bien le mot qui convient: tout est juste. Un spectacle bien construit, dans lequel on ne perd pas le fil une seconde; un soupçon de caricature, bien sûr, parce que la "maman calme" n'est risible que si on augmente un peu le trait, des imitations brillantes, du guépard en pleine course (démonstration indiscutable du fait que l'homme n'est pas fait pour courir, qu'il faudrait que je partage à l'occasion avec certains joggeurs invétérés de ma connaissance) à une Vanessa Paradis plus vraie que nature (ou du moins plus marrante), un jeu de scène millimétré, où chaque pas devient un outil comique...
Et puis il y a le fond. La justesse des questions qu'on se pose sur la vie et ses différentes étapes, les réponses que sont susceptibles de nous apporter nos contemporains et nos aînés. La justesse d'un regard critique aussi, sur la vie, sur la société et ses usages actuels, sur nos modèles et ceux de nos enfants. Car elle est féministe, la Forest'. Elle s'insurge contre l'auto-dévalorisation de la femme, contre les starlettes en micro-tenue que le show-biz impose à nos adolescentes comme idoles. Son discours est plus efficace que n'importe quelle Femen sur la place publique. Mais ce qui est plus efficace encore pour défendre l'égalité des sexes, c'est sa seule présence sur scène. J'ai vu Jamel dans cette même salle; j'ai vu Gad il n'y a pas si longtemps. J'ai aimé aussi. Mais en sortant de l'Arena ce soir-là, j'avais le sentiment indiscutable d'avoir assisté au meilleur one-man-show que j'aie jamais vu. Alors si vous ne savez pas que faire en décembre, la jeune quarantenaire repasse par Genève. Allez la voir, à Genève ou ailleurs, que vous ayez quarante ans, ou plus, ou moins. Vous ne le regretterez pas. Et si par bonheur vous arrivez à obtenir un autographe ou un selfie avec l'artiste, dites-lui merci pour moi... et appelez-la Madame.
Pendant près de deux heures, elle nous régale de sa verve. Les bons mots et les vannes s'enchaînent à un tel rythme qu'on ne parvient même pas à les retenir. Après Mother Fucker qui présentait son expérience de la grossesse et des débuts de la maternité, elle nous parle de son "après". De la quarantaine abordée avec peu d'espoir et un cynisme certain, de la maternité version "enfant qui grandit" et des joies des devoirs, des autres mamans, forcément mieux organisées, plus performantes, meilleures mères qu'elle - elle considère elle-même qu'elle aurait fait un super papa, mais que comme maman, elle laisse à désirer. A titre personnel, j'ai l'immense privilège de me sentir visée par les vannes sur les mamans de famille nombreuse (c.-à-d. à partir de 2 enfants, selon la vision de l'humoriste), encore davantage lorsqu'elle parle des mamans de garçons, génitrices à succès. On sent que cette maman de fille unique a été égratignée par quelques remarques malvenues. Pour ma part, avec mes trois blondinets, je suis définitivement promue dans la catégorie des pondeuses d'élite. C'est de bonne guerre, Florence, la vie serait tellement moins drôle sans stéréotypes et idées préconçues. Si ça te rassure, même quand on atteint le stade ultime de la réussite procréatrice - les 3 garçons, donc - on se ramasse tout autant de remarques d'une pertinence toute relative (la palme étant attribuée à "va falloir faire un 4e pour tenter la fille" - euh ouais, ou pas quoi, j'ajoute des branches à mon arbre généalogique, là, je suis pas en train de jouer au casino...). Fallait que je le dise. Mais je vais tenter de rester objective malgré cette jalousie totalement justifiée à l'égard de mes trois jackpots dans la grande loterie de la conception.
Revenons à Florence. Je dirais que la justesse de ses réflexions et l'humour qu'elles recèlent feraient sourire un Saint-Hubert (mais si, vous savez, ces chiens qui ont l'air de porter toute la misère du monde sur leurs arcades sourcilières). Juste, c'est bien le mot qui convient: tout est juste. Un spectacle bien construit, dans lequel on ne perd pas le fil une seconde; un soupçon de caricature, bien sûr, parce que la "maman calme" n'est risible que si on augmente un peu le trait, des imitations brillantes, du guépard en pleine course (démonstration indiscutable du fait que l'homme n'est pas fait pour courir, qu'il faudrait que je partage à l'occasion avec certains joggeurs invétérés de ma connaissance) à une Vanessa Paradis plus vraie que nature (ou du moins plus marrante), un jeu de scène millimétré, où chaque pas devient un outil comique...
Et puis il y a le fond. La justesse des questions qu'on se pose sur la vie et ses différentes étapes, les réponses que sont susceptibles de nous apporter nos contemporains et nos aînés. La justesse d'un regard critique aussi, sur la vie, sur la société et ses usages actuels, sur nos modèles et ceux de nos enfants. Car elle est féministe, la Forest'. Elle s'insurge contre l'auto-dévalorisation de la femme, contre les starlettes en micro-tenue que le show-biz impose à nos adolescentes comme idoles. Son discours est plus efficace que n'importe quelle Femen sur la place publique. Mais ce qui est plus efficace encore pour défendre l'égalité des sexes, c'est sa seule présence sur scène. J'ai vu Jamel dans cette même salle; j'ai vu Gad il n'y a pas si longtemps. J'ai aimé aussi. Mais en sortant de l'Arena ce soir-là, j'avais le sentiment indiscutable d'avoir assisté au meilleur one-man-show que j'aie jamais vu. Alors si vous ne savez pas que faire en décembre, la jeune quarantenaire repasse par Genève. Allez la voir, à Genève ou ailleurs, que vous ayez quarante ans, ou plus, ou moins. Vous ne le regretterez pas. Et si par bonheur vous arrivez à obtenir un autographe ou un selfie avec l'artiste, dites-lui merci pour moi... et appelez-la Madame.
vendredi 24 avril 2015
On est jamais aussi heureux qu'à 33 ans
Voilà ce qu'affirmait un sondage paru dans le Femina au printemps passé. Ce qui peut être perçu comme une bonne nouvelle pour tous ceux qui sont nés en l'an de grâce 1982. Ou plus tard. Ceux-là ont soit une belle année à savourer, soit la réjouissance de voir arriver le bonheur à plus ou moins long terme. Pour les autres, désolée, sortez les mouchoirs, vous êtes "data". Tout de suite moins sympa, le sondage. M'est d'avis que Femina risque de perdre quelques lecteurs. Ou pas. Parce que je suis moi-même dans le camp des data du bonheur; pourtant j'ouvre toujours le magazine le dimanche matin.
Il est tout de même légitime de s'interroger sur la nature du panel interrogé pour ce sondage. Je sais pas vous, mais moi les 52 dimanches matins qu'a comptés ma 33e année, lorsque j'entrouvrais l’œil droit et me retournais en feignant de n'avoir entendu ni les sauts de cabri de Blondinet Ier et de Blondinet II sur le parquet du rez, ni les appels insistants de Blondinet III à l'étage inférieur, je ne me sentais pas spécialement enviée par ma progéniture. Il me semble que les mômes, ils ont fichtrement moins de soucis que nous, quand même. C'est vrai, quand tu en vois un déguisé en Peter Pan, luttant contre un Capitaine Crochet imaginaire, l'autre dégustant le 12e bonbon du sachet reçu à l'anniversaire dont il vient de rentrer et le 3e fredonnant "Au clair de la lune" en faisant des aller-retour sur une petite voiture en plastique, tu te dis que leur degré de bonheur ne doit pas être très éloigné de l'apogée où toi, du haut de tes 33 ans, tu es censé te trouver. S'ils n'ont pas la satisfaction d'une vie bien posée, ils ont une insouciance qui semble des plus enviable. Conclusion: Femina n'avait pas interrogé les 0-8 ans pour son sondage.
Toujours est-il que le bonheur est finalement une notion subjective, si ce n'est pas carrément une vision de l'esprit. Tandis que le schéma métro-boulot-dodo conjugué à l'image enfants-maison-chien apparaîtra à certains comme le cauchemar ultime et le signe tangible de la fin de la jeunesse, il semblera à d'autres être simplement le symbole de la stabilité, de la sécurité, de ce que finalement tout adulte posé cherche à obtenir. Et le bonheur dans tout ça? Comment le définir? On sait tous que l'argent ne le fait pas... Mais ne manquer de rien contribue quand même à supprimer les frustrations. On sait tous que le bonheur absolu n'existe pas non plus. Le bonheur global se compose d'une multitude de petits bonheurs, de moments privilégiés où l'on ne se dit pas "si seulement".
Si tu es attentif, Ô lecteur, et si en plus te me connais hors cadre virtuel, tu sais que je n'ai plus 33 ans depuis belle lurette. La vérité, c'est qu'en cet après-midi ensoleillé de fin avril 2015 (je précise, au cas où Blogger me jouerait un mauvais coup et publierait la date à laquelle j'ai vraiment commencé cet article), cherchant désespérément une énième bonne excuse pour me détourner de mes documents ouverts et "à traduire" (pour un total de 326 pages), j'ai cliqué un peu par hasard sur le lien de mon blog. J'y ai trouvé 16 articles, dont 3 au statut de brouillon. J'ai vu la date de ma dernière publication: 23 avril 2014. J'ai entendu ma belle-sœur, qui, un jour de neige, m'a laissé entendre qu'elle était revenue sur mon blog et que ça ne débordait pas d'activité. J'ai eu honte, non plus de ma fainéantise momentanée face à mon volume de travail, mais de mon "oubli" de faire quelque chose que j'aime tant, et depuis si longtemps. Ecrire. J'ai réfléchi un peu, à ce que j'avais envie d'écrire. Des trucs plutôt drôles. Des trucs plutôt pas. Un peu de tout, finalement. Et tourmentée par ce joyeux foutoir cérébral, j'ai cliqué sur l'un des brouillons et suis retombée sur le délire des 33 ans. Cela fait maintenant quelques mois que je suis plus près des 40 que des 30. Je ne me sens toujours pas moins heureuse qu'à 33. Je m'habitue aux pattes d'oie au coin des yeux. Le bonheur, on peut le trouver dans le chant d'un oiseau à 6h du matin, un rayon de soleil taquin qui vient nous chatouiller les orteils qui dépassent de la couette (oui oui, tu lis bien, 6h et des brouettes en avril, chez moi c'est un peu le Japon du Valais). Dans une tulipe qui s'ouvre pour prendre son bain de chaleur et se referme au couchant. Dans le fumet de l'herbe fraîchement coupée ou de la côte de bœuf sur le barbecue. De même, on peut avoir tout ça sous les yeux et tout d'un coup, ne plus réussir à le voir. On peut être agacé par un enfant qui rit parce qu'on a un besoin irrépressible de silence. On peut se mettre à crier ou à pleurer sans raison. On peut ne plus trouver d'énergie pour se lever le matin et simplement vivre la vie qu'on a pourtant choisie. On peut ne plus avoir d'envies, de rêves, de plaisirs, sans même savoir pourquoi, et ça peut faire mal. Des causes, il y en a, bien sûr, le travail, la fatigue, les soucis du quotidien, le mode de vie du 21e siècle. Et peut-être surtout le fait de s'oublier au milieu de tout ça, en tant qu'être humain, avec ses forces mais aussi avec ses faiblesses, à force de vouloir renvoyer l'image d'un super-héros présent sur tous les fronts. Les super-héros, ça se prend parfois les pieds dans la cape.
Alors cet après-midi, même si certains ne comprendront peut-être pas que je trouve le temps d'écrire tout ça tandis que mon dossier à traiter déborde, je fais la sourde oreille au gyrophare virtuel qui tourne dans mon échéancier pour me rappeler que je suis à la bourre et que je vais vraiment finir par être en retard, et je me fais une petite piqûre de rappel, histoire d'aider un peu ma cape à flotter au vent. Je laisse de côté le travail, la fatigue, les soucis du quotidien, et j'écris. Parce qu'on est jamais aussi heureux que dans les moments où on fait ce qu'on aime vraiment.
Il est tout de même légitime de s'interroger sur la nature du panel interrogé pour ce sondage. Je sais pas vous, mais moi les 52 dimanches matins qu'a comptés ma 33e année, lorsque j'entrouvrais l’œil droit et me retournais en feignant de n'avoir entendu ni les sauts de cabri de Blondinet Ier et de Blondinet II sur le parquet du rez, ni les appels insistants de Blondinet III à l'étage inférieur, je ne me sentais pas spécialement enviée par ma progéniture. Il me semble que les mômes, ils ont fichtrement moins de soucis que nous, quand même. C'est vrai, quand tu en vois un déguisé en Peter Pan, luttant contre un Capitaine Crochet imaginaire, l'autre dégustant le 12e bonbon du sachet reçu à l'anniversaire dont il vient de rentrer et le 3e fredonnant "Au clair de la lune" en faisant des aller-retour sur une petite voiture en plastique, tu te dis que leur degré de bonheur ne doit pas être très éloigné de l'apogée où toi, du haut de tes 33 ans, tu es censé te trouver. S'ils n'ont pas la satisfaction d'une vie bien posée, ils ont une insouciance qui semble des plus enviable. Conclusion: Femina n'avait pas interrogé les 0-8 ans pour son sondage.
Toujours est-il que le bonheur est finalement une notion subjective, si ce n'est pas carrément une vision de l'esprit. Tandis que le schéma métro-boulot-dodo conjugué à l'image enfants-maison-chien apparaîtra à certains comme le cauchemar ultime et le signe tangible de la fin de la jeunesse, il semblera à d'autres être simplement le symbole de la stabilité, de la sécurité, de ce que finalement tout adulte posé cherche à obtenir. Et le bonheur dans tout ça? Comment le définir? On sait tous que l'argent ne le fait pas... Mais ne manquer de rien contribue quand même à supprimer les frustrations. On sait tous que le bonheur absolu n'existe pas non plus. Le bonheur global se compose d'une multitude de petits bonheurs, de moments privilégiés où l'on ne se dit pas "si seulement".
Si tu es attentif, Ô lecteur, et si en plus te me connais hors cadre virtuel, tu sais que je n'ai plus 33 ans depuis belle lurette. La vérité, c'est qu'en cet après-midi ensoleillé de fin avril 2015 (je précise, au cas où Blogger me jouerait un mauvais coup et publierait la date à laquelle j'ai vraiment commencé cet article), cherchant désespérément une énième bonne excuse pour me détourner de mes documents ouverts et "à traduire" (pour un total de 326 pages), j'ai cliqué un peu par hasard sur le lien de mon blog. J'y ai trouvé 16 articles, dont 3 au statut de brouillon. J'ai vu la date de ma dernière publication: 23 avril 2014. J'ai entendu ma belle-sœur, qui, un jour de neige, m'a laissé entendre qu'elle était revenue sur mon blog et que ça ne débordait pas d'activité. J'ai eu honte, non plus de ma fainéantise momentanée face à mon volume de travail, mais de mon "oubli" de faire quelque chose que j'aime tant, et depuis si longtemps. Ecrire. J'ai réfléchi un peu, à ce que j'avais envie d'écrire. Des trucs plutôt drôles. Des trucs plutôt pas. Un peu de tout, finalement. Et tourmentée par ce joyeux foutoir cérébral, j'ai cliqué sur l'un des brouillons et suis retombée sur le délire des 33 ans. Cela fait maintenant quelques mois que je suis plus près des 40 que des 30. Je ne me sens toujours pas moins heureuse qu'à 33. Je m'habitue aux pattes d'oie au coin des yeux. Le bonheur, on peut le trouver dans le chant d'un oiseau à 6h du matin, un rayon de soleil taquin qui vient nous chatouiller les orteils qui dépassent de la couette (oui oui, tu lis bien, 6h et des brouettes en avril, chez moi c'est un peu le Japon du Valais). Dans une tulipe qui s'ouvre pour prendre son bain de chaleur et se referme au couchant. Dans le fumet de l'herbe fraîchement coupée ou de la côte de bœuf sur le barbecue. De même, on peut avoir tout ça sous les yeux et tout d'un coup, ne plus réussir à le voir. On peut être agacé par un enfant qui rit parce qu'on a un besoin irrépressible de silence. On peut se mettre à crier ou à pleurer sans raison. On peut ne plus trouver d'énergie pour se lever le matin et simplement vivre la vie qu'on a pourtant choisie. On peut ne plus avoir d'envies, de rêves, de plaisirs, sans même savoir pourquoi, et ça peut faire mal. Des causes, il y en a, bien sûr, le travail, la fatigue, les soucis du quotidien, le mode de vie du 21e siècle. Et peut-être surtout le fait de s'oublier au milieu de tout ça, en tant qu'être humain, avec ses forces mais aussi avec ses faiblesses, à force de vouloir renvoyer l'image d'un super-héros présent sur tous les fronts. Les super-héros, ça se prend parfois les pieds dans la cape.
Alors cet après-midi, même si certains ne comprendront peut-être pas que je trouve le temps d'écrire tout ça tandis que mon dossier à traiter déborde, je fais la sourde oreille au gyrophare virtuel qui tourne dans mon échéancier pour me rappeler que je suis à la bourre et que je vais vraiment finir par être en retard, et je me fais une petite piqûre de rappel, histoire d'aider un peu ma cape à flotter au vent. Je laisse de côté le travail, la fatigue, les soucis du quotidien, et j'écris. Parce qu'on est jamais aussi heureux que dans les moments où on fait ce qu'on aime vraiment.
mercredi 23 avril 2014
L'inexorable transhumance des playmobils
Note de Blagueuse: Suite à la lecture tout à l'heure d'un whatsapp en manque de blog, je me décide à publier ce brouillon, qui traînait sur mon compte blogger. Il n'est pas forcément achevé, il n'est pas forcément actuel, mais parmi les articles que je commence sans avoir le temps de les terminer (ce qui m'arrive malheureusement bien trop souvent), je me suis dit que c'est celui qui plairait sans doute le plus à l'auteur du message révolutionnaire réclamant quelques lignes à se mettre sous la dent.
Ils sont encore remontés. Sur le moment, j'ai eu du mal à le croire: après avoir fait les escaliers dans tous les sens 150 fois pour ramener au bon étage les jouets des enfants, les vêtements "moyen sales" traînant sur un dossier de chaise, les vêtements propres et repassés prêts à ranger, la pommade à bobo utilisée le matin, etc., j'étais sûre que tout était à sa place, la maison rangée et propre, me laissant l'esprit tranquille pour me plonger sans états d'âme dans mon bouquin, avec la satisfaction du devoir de ménagère accompli. Et puis tout-à-coup je les ai vus sur le bord du lavabo. A l'insu de mon plein gré s'était encore déroulée l'inexorable transhumance des playmobils.
Je suis génétiquement bordélique. C'est dramatique. Je me soigne. Mais certains jours je me dis que c'est une fatalité, qu'à chasser le naturel il reviendra forcément galopant comme un fringant étalon. Pleine de bonne volonté, je tente parfois de réprimer ma tendance maladive à poser les choses à l'endroit où je me trouve plutôt que d'aller les ramener à leur place. Et parfois je me fais une raison. Ma maison ne sera jamais un endroit où il n'y a pas de "papiers à trier/ranger/jeter" sur le buffet. Pas d'emballage de goûter abandonné par un blondinet sur le plan de travail de la cuisine. Pas de jouets par terre tentant d'aller se cacher sous le canapé. Pas d'aspirateur qui attende sagement de faire une dernière pièce-qu'on-a-pas-eu-le-temps-de-faire-tout-de-suite avant de retourner dans son armoire. Pas de corbeille de linge à repasser. Pas de corbeille de linge repassé prêt à ranger non plus. Pas de table à repasser qui est restée dehors parce que de toute façon le temps qu'on ait fini le repassage, la lessive de la semaine suivante est déjà en cours et ça vaut plus la peine ranger l'amie Laura (Star).
Dans une certaine mesure, j'envie les femmes qui ont toujours l'air de n'avoir aucune tâche ménagère en cours. Pas de journal du jour précédent dans lequel il est essentiel qu'on découpe une petite annonce ou qu'on montre une photo à Pierre ou Paul (même si on sait pertinemment que quand on reverra Pierre ou Paul, on oubliera forcément de lui montrer la photo). Pas de paquets de pâtes entamé sur l'étagère de la cuisine, parce qu'il n'y avait plus assez de boîtes métalliques pour héberger la 7e variété de pâtes. Soit ces femmes-là ont plus de boîtes métalliques que moi, soit elles ne cèdent pas à la tentation des "farfalle" tant qu'elles ont un paquet de cornettes, un paquet de fusilli et un paquet de penne rigate ouverts.
Toutefois, l'avantage quand on est bordélique, c'est qu'on voit la différence quand on range. Je me dis que le maniaque, quand il range, il la voit pas, ça me réchauffe le coeur. Ca vaut pour le ménage en général d'ailleurs, le maniaque ne doit éprouver que le quart de ma satisfaction quand il a fini de faire ses vitres, parce que moi, avant de les faire, je ne voyais plus la fumée de la cheminée de mon voisin (oui, d'accord, le feu de cheminée n'est pas spécialement de saison, mais je m'amuse pas à faire mes vitres en ce moment de toute façon, il fait trop chaud). Autrement dit, la maniaquerie du maniaque lui ôte un nombre incalculable de petits plaisirs. Les vitres à travers lesquelles on voit. Les draps frais avec leur parfum d'adoucissant. La lessive pliée et repassée répartie en jolis tas (et pour 5 personnes, autant vous dire que ça prend toute la table de la salle à manger). Bref, tous ces petits moments qui donnent le sentiment du travail bien fait. Sentiment qui est limité si tu changes les draps alors qu'ils n'ont même pas eu le temps de perdre leur parfum ou que tu repasses le contenu de chaque machine avant de lancer la suivante. CQFD, le maniaque se prive d'instants de grâce.
Il n'y aura donc personne pour me faire culpabiliser de mon bordélisme. De toute façon, dès qu'une visite est annoncée, je passe en mode rangement super efficace; les 5 dernières minutes avant l'arrivée des invités, je passe carrément en mode "planquons ce qui dépasse". Pour ce qui ne peut être planqué, j'opte pour l'affirmation, sur un ton détaché: "une maison est faite pour vivre, pas pour être nettoyée", leitmotiv illusoire du bordélique refoulé.
Pour couronner le tout, les bordéliques ne marient pas des maniaques et les chiens ne font pas des chats: autrement dit, non contente de lutter contre ma nature profonde, j'assume aussi celle de mes quatre mâles. Pour le coup j'en trouverais presque ma maison étincelante. Presque. Et seulement tant que personne ne passe à l'improviste boire un café!
Ils sont encore remontés. Sur le moment, j'ai eu du mal à le croire: après avoir fait les escaliers dans tous les sens 150 fois pour ramener au bon étage les jouets des enfants, les vêtements "moyen sales" traînant sur un dossier de chaise, les vêtements propres et repassés prêts à ranger, la pommade à bobo utilisée le matin, etc., j'étais sûre que tout était à sa place, la maison rangée et propre, me laissant l'esprit tranquille pour me plonger sans états d'âme dans mon bouquin, avec la satisfaction du devoir de ménagère accompli. Et puis tout-à-coup je les ai vus sur le bord du lavabo. A l'insu de mon plein gré s'était encore déroulée l'inexorable transhumance des playmobils.
Je suis génétiquement bordélique. C'est dramatique. Je me soigne. Mais certains jours je me dis que c'est une fatalité, qu'à chasser le naturel il reviendra forcément galopant comme un fringant étalon. Pleine de bonne volonté, je tente parfois de réprimer ma tendance maladive à poser les choses à l'endroit où je me trouve plutôt que d'aller les ramener à leur place. Et parfois je me fais une raison. Ma maison ne sera jamais un endroit où il n'y a pas de "papiers à trier/ranger/jeter" sur le buffet. Pas d'emballage de goûter abandonné par un blondinet sur le plan de travail de la cuisine. Pas de jouets par terre tentant d'aller se cacher sous le canapé. Pas d'aspirateur qui attende sagement de faire une dernière pièce-qu'on-a-pas-eu-le-temps-de-faire-tout-de-suite avant de retourner dans son armoire. Pas de corbeille de linge à repasser. Pas de corbeille de linge repassé prêt à ranger non plus. Pas de table à repasser qui est restée dehors parce que de toute façon le temps qu'on ait fini le repassage, la lessive de la semaine suivante est déjà en cours et ça vaut plus la peine ranger l'amie Laura (Star).
Dans une certaine mesure, j'envie les femmes qui ont toujours l'air de n'avoir aucune tâche ménagère en cours. Pas de journal du jour précédent dans lequel il est essentiel qu'on découpe une petite annonce ou qu'on montre une photo à Pierre ou Paul (même si on sait pertinemment que quand on reverra Pierre ou Paul, on oubliera forcément de lui montrer la photo). Pas de paquets de pâtes entamé sur l'étagère de la cuisine, parce qu'il n'y avait plus assez de boîtes métalliques pour héberger la 7e variété de pâtes. Soit ces femmes-là ont plus de boîtes métalliques que moi, soit elles ne cèdent pas à la tentation des "farfalle" tant qu'elles ont un paquet de cornettes, un paquet de fusilli et un paquet de penne rigate ouverts.
Toutefois, l'avantage quand on est bordélique, c'est qu'on voit la différence quand on range. Je me dis que le maniaque, quand il range, il la voit pas, ça me réchauffe le coeur. Ca vaut pour le ménage en général d'ailleurs, le maniaque ne doit éprouver que le quart de ma satisfaction quand il a fini de faire ses vitres, parce que moi, avant de les faire, je ne voyais plus la fumée de la cheminée de mon voisin (oui, d'accord, le feu de cheminée n'est pas spécialement de saison, mais je m'amuse pas à faire mes vitres en ce moment de toute façon, il fait trop chaud). Autrement dit, la maniaquerie du maniaque lui ôte un nombre incalculable de petits plaisirs. Les vitres à travers lesquelles on voit. Les draps frais avec leur parfum d'adoucissant. La lessive pliée et repassée répartie en jolis tas (et pour 5 personnes, autant vous dire que ça prend toute la table de la salle à manger). Bref, tous ces petits moments qui donnent le sentiment du travail bien fait. Sentiment qui est limité si tu changes les draps alors qu'ils n'ont même pas eu le temps de perdre leur parfum ou que tu repasses le contenu de chaque machine avant de lancer la suivante. CQFD, le maniaque se prive d'instants de grâce.
Il n'y aura donc personne pour me faire culpabiliser de mon bordélisme. De toute façon, dès qu'une visite est annoncée, je passe en mode rangement super efficace; les 5 dernières minutes avant l'arrivée des invités, je passe carrément en mode "planquons ce qui dépasse". Pour ce qui ne peut être planqué, j'opte pour l'affirmation, sur un ton détaché: "une maison est faite pour vivre, pas pour être nettoyée", leitmotiv illusoire du bordélique refoulé.
Pour couronner le tout, les bordéliques ne marient pas des maniaques et les chiens ne font pas des chats: autrement dit, non contente de lutter contre ma nature profonde, j'assume aussi celle de mes quatre mâles. Pour le coup j'en trouverais presque ma maison étincelante. Presque. Et seulement tant que personne ne passe à l'improviste boire un café!
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