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Un peu de tout, de moi, de nous... A lire, à sourire, à commenter et à partager!

jeudi 16 avril 2020

Semaines #4 et #5

J'associe ces deux semaines parce que je n'ai pas beaucoup d'avance dans mes publications et qu'accessoirement, déjà qu'il ne se passe pas grand-chose dans ta vie quand tu es confiné, quand en plus on t'enlève les activités scolaires, ça devient le néant. Bref, c'est les vacances scolaires, mais sans tous les trucs cool qu'on fait normalement pendant des vacances scolaires.

Avant ça, on a eu une toute belle semaine d'école à la maison.
En cours de musique, il fallait que Platinum envoie une vidéo de lui en train de taper un rythme. Le matin où j'avais deux communiqués Covid à traduire et où j'ai relâché l'organisation matinale "tout le monde levé, nourri, lavé, habillé à 9h". J'aurais pu repousser la leçon de musique, me direz-vous, sauf que la motivation de Platinum pour la musique ce matin-là était inversement proportionnelle à son envie de quitter son pyjama. Vas-y donc pour la rythmique en pyjama. Et puis il a eu sa visioconférence. Comme je suis curieuse, j'ai tendu l'oreille depuis la cuisine. J'ai pas été déçue. À la fin de cette journée d'école, j'ai su que jour où Platinum aura la crinière trop foncée, je pourrai le renommer Désinvoltman.

Question: "Comment vous vivez cette école à la maison?" Réponse: "Ouais, bon ben voilà quoi [déjà là tu te dis que c'est pas tant bien parti], l'école à l'école, c'est cool, mais l'école à la maison c'est cool aussi".
Va peut-être falloir que je mette davantage l'accent sur l'expression orale [pourtant en termes de volume et de débit, on est pas mal, mais pour le contenu et la richesse lexicale, tu repasseras].
Question: "Et avec tes frères, ça se passe bien?" Réponse: "Ouais, bon ben voilà quoi, c'est comme d'habitude, ça va pas trop" [et les maîtresses de déchanter sur leur vision idyllique de la douce harmonie d'une fratrie de mecs en confinement]. Aujourd'hui ça va encore, mais alors hier, ouille ouille ouille, c'était la cata."

Je crois que c'est à ce moment-là que j'ai expérimenté le processus chimique de la dissolution corporelle. Ca m'a rappelé la rubrique Grumeaufoutlahonte du blog de Nathalie Jomard (dont le lien doit se trouver quelque part dans la colonne de droite). Parmi les lourdes tâches de l'éducation, il y a une partie qui est, il faut l'avouer, destinée à donner une bonne image de soi en public. Un gamin de 9 ans peut te ruiner tout l'effet en deux répliques. Sur Teams, pas de filtres, pas de deuxième prise. C'est la vérité toute crue qui sort. Cela dit, je tiens à préciser que c'est la vérité d'un enfant de 9 ans, justement, ponctuelle, enregistrée le lendemain d'une grosse dispute. Elle aurait peut-être sûrement été bien différente si on avait interrogé le sujet juste après le braquage simulé d'une camionnette à grands coups de Nerf, la construction conjointe de la 12e cabane depuis le début du confinement ou la 897e partie de 1000 bornes. Une fratrie de mecs en confinement, c'est comme une fratrie de mecs en situation normale finalement, ça bouge, ça se court après, ça se dispute pour un jouet, ça se tape dessus, parfois (mais pas trop fort). Mais souvent, chez nous du moins, ça se lance dans des jeux improbables qui occupent des heures, ça rigole et ça partage des choses sans même s'en rendre compte. Je mettrai donc juste la réponse de Platinum sur le compte de la tendance qu'a l'être humain à se focaliser sur une seule chose qui a cloché dans sa journée, au risque d'oublier la multitude de petites choses toutes simples qui se sont bien déroulées.

Cette dernière semaine avant les vacances ne durait que quatre jours, mais sur ces quatre jours, il y a eu l'intervention enthousiaste de la maîtresse d'ACM. Déjà le mardi, on a commencé à se méfier quand la maîtresse titulaire a indiqué que pour le dessin, elle ne donnait rien "car la maîtresse d'ACM avait prévu assez". On a donc ouvert la rubrique ACM prévue le jeudi. Disons que "prévoir assez", c'était un euphémisme. Limite elle nous a créé un site internet juste pour son cours. D'ailleurs, j'ai d'abord cru que c'était ce qu'elle avait prévu pour tous les cours d'ACM jusqu'à la fin du confinement. Et elle est partie du principe qu'il durerait jusqu'en juin. Donc Platinum s'est attelé au dessin à l'aveugle, a regardé les vidéos, répondu au quizz. Quand il est arrivé à la confection de l'oiseau multicolore réalisé en collages, il a décliné l'offre. Les maîtresses avaient précisé que tout n'était pas obligatoire. Le jeudi, pour les "vrais" ACM, je l'ai mis au travail sur la conception de la poule. Et là j'ai vite constaté que son enthousiasme n'était pas franchement à la hauteur de celui de la prof. Non parce qu'il fallait fabriquer une poule avec les yeux et le bec en boîte à oeufs, faite avec du matériel de récup', qu'elle soit rigolote, colorée, qu'elle ait deux pattes et deux ailes et qu'elle tienne debout toute seule, rien que ça. J'ai vite eu autant de "J'arriverai jamais" et de "Je sais pas comment faire" que de conditions à remplir. Bref, on dira que la poule est une oeuvre collective. Platinum aura découvert la face cachée d'une capsule Nespresso. Il était tout content de sortir un masque de protection de bricolage pour finir sur sa poule les sprays à cheveux de Carnaval (peut-être qu'on regrettera le sacrifice dudit masque quand en porter un sera obligatoire pour aller faire les courses, même si le masque brico doit pas être très homologué contre le pote Covid). Les grands frères ont sacrifié quelques billets durement acquis lors du braquage de la camionnette. Même son père a contribué par anticipation en vidant les pattes à son insu. Bref, une oeuvre collective je vous dis. Les grands ont affirmé qu'elle avait un faux air de la mémé de l'Âge de glace 4. C'est pas faux. Le fait que ladite mémé soit un paresseux ne me vexe pas plus que ça. Heureusement que les travaux ne sont pas notés durant l'école à la maison, j'aurais peut-être pas eu la moyenne. Enfin si, parce qu'elle remplit toutes les conditions. Mais on a quand même mis un oeuf à côté, pour être sûrs.





La Testosterone League en force


Je parlais de rebaptiser Platinum plus haut, mais c'est d'abord à la nouvelle dénomination du préado que je dois m'atteler. Parce qu'il n'y a plus de "pré" qui tienne. D'ailleurs, c'est bien simple, ces derniers jours, j'ai constaté une alliance des grands contre l'autorité, j'ai assisté, impuissante, à l'émergence de la Testosterone league. L'ado en fleur a même donné ses petits tuyaux à son cadet pour contourner les restrictions d'écran et autres manifestations de l'autorité parentale. C'est un petit jeu entre nous depuis qu'il a un téléphone, et je me réjouissais du fait que son frère n'ait pas encore cherché de solution et se contente de poser l'appareil quand il atteignait la limite de temps. L'ado trouve un tour de passe-passe, je le constate et trouve une autre barrière à mettre, qu'il trouve un autre moyen de contourner, et ainsi de suite. Mais là il a exercé son influence négative, j'enrage. Cela dit, je les ai chopés. Et ils ne le savent pas encore. Ils le sauront vraisemblablement la prochaine fois qu'ils essaieront leur petit micmac, et ils risquent de se retrouver coincés avec des applications désinstallées qu'ils ne pourront pas remettre. Le piège est posé, je me réjouis de ma première prise.

Bref, le préado a sombré du côté obscur de l'enfance, je l'appellerai dorénavant Sid. Ce n'est pas tant la poule-mémé qui m'inspire, mais plutôt son rythme actuel (de déplacement, de mise en action, de tout...) digne d'un paresseux et son incapacité toute récente à faire quoi que ce soit d'autre que de pousser. Il devrait prendre une trentaine de centimètres pendant le confinement. Donc il se lève, il est fatigué, il se couche sur le canapé avant même de déjeuner. Il va dehors 10 minutes, il est fatigué. Quand il mange, sa position tente de s'horizontaliser sans qu'on le remarque trop. Deuxième effet KissCool de ses bientôt 13 ans, il est visiblement victime d'injustices incroyables, et à répétition. Capacité incommensurable à inverser les rôles: tandis que je songe à développer un bouclier anti-testostérone, lui estime que le monde entier (mais surtout le clan des plus de 40 ans et le clan des "frères") se ligue contre lui. Enfin, ça passera. Et ça reviendra, comme le prouvent les bouffées d'hormones toujours bien présentes chez son aîné.

Brèves de Covid

- Les garçons ont vu partir en fumée leur dernier cadeau de Noël en raison de l'annulation du Maxi-Rires Festival. Ils se sont tout de suite enquis du remboursement et d'un éventuel cadeau de remplacement. Je ne sais pas si l'assurance annulation du Père Noël couvre les cas de pandémie. Si on doit la faire marcher tout de suite, ils auront le choix entre des pâtes, du thon en boîte et du PQ. Ce semi-confinement remet l'église au milieu du village, même si elle est fermée.

- En Italie, ils prévoient de mettre des box en plexiglas pour séparer les emplacements sur les plages. Si tu es actuellement au chômage technique, lance-toi dans le plexiglas à Cattolica, ça devrait te relancer.

- Les annulations se succèdent, entre projets d'escapades, loisirs et vacances. On nous incite à prendre nos vacances en Suisse pour soutenir l'économie nationale. Bon pour l'instant y a pas grand-chose à soutenir, mais quand on pourra de nouveau "partir en vacances", vous nous excuserez d'utiliser nos bons correspondant aux acomptes versés avant de faire marcher les hôtels d'Appenzell Rhodes-Intérieures, histoire de soutenir aussi notre économie personnelle.

lundi 6 avril 2020

Semaine #3

Home (school), sweet home (school)

Ca fait 11 ans que je suis maman d'élève.
En trois semaines, j'ai eu plus de coups de fil des enseignants de mes marmots qu'au cours des 10,75 années scolaires précédentes, années et enfants cumulés. C'est bien simple, pour la première fois, je connais non seulement le nom du titulaire, de la remplaçante de la titulaire-en-congé-mat et des profs des branches désignées par des abréviations au sens abscons, mais en plus je sais quel enseignant sévit quel jour.

Y en a quand même qu'il a fallu recadrer. Genre la prof de math qui envoie des sms au milieu de l'après-midi pour signaler que le préado (qui, sans vouloir lui lancer des fleurs, ne rencontre aucune difficulté scolaire) n'a pas inscrit la réponse l'exercice 21, question 8b.
Comme quoi les profs ne te rendent pas toujours au centuple le fait de ne pas avoir été un parent envahissant quand c'étaient eux qui géraient la vie scolaire de ton gosse. En vrai, elle a même écrit au pater familias, ce qui renforce encore le côté saugrenu des messages, c'est quand même bien plus marrant de recevoir ce genre d'information capitale et nécessitant une réaction immédiate quand tu es au milieu d'une vidéoconférence avec ta hiérarchie, ce qui ne pourrait pas m'arriver, puisque je n'en ai pas (de hiérarchie, donc. De vidéoconférences non plus, sauf pour les cafés FaceTime et les Skyp'éro).

J'ai aussi eu droit à un message d'un prof s'inquiétant de n'avoir reçu aucun travail de l'ado au cours de la dernière quinzaine. Chez les mômes aussi, y en a qu'il a fallu recadrer.

Platinum a découvert qu'il pouvait aussi faire des vidéoconférences avec ses copains. Ainsi prit fin mon règne absolu sur mon ordinateur portable. Maintenant ça sonne et c'est même pas pour moi. Demain, il a vidéoconférence avec la maîtresse. Pas compris si ça allait être un cours vidéo, du papotage juste pour voir comment poussent les cheveux des élèves ou une séance de travail en commun. En tous cas, y a une maîtresse et six élèves. Faut que j'avertisse mon collègue de l'étage de sortir le casque antibruit (et d'éviter les vidéoconférences avec la hiérarchie).

Cette semaine, pour le cours de gym, j'ai fait faire un HIIT de ma chaîne fitness aux enfants. Depuis, ils me détestent. Pour me rattraper sur le deuxième cours, j'ai fait sagement avec Platinum la leçon proposée par la maîtresse. C'était Daniel Yule, qui a la bonne idée de présenter 2 exercices tous les 2 jours pour nous faire bouger la moindre. Bilan: au niveau des cuisses, on voit qu'on a fait Chassoure, le Mont Gelé et autre Vallon d'Arbi, on tient la route. Niveau souplesse, je sais pas si c'est un problème de proportions, mais on a pas compris comment le gaillard qui doit faire son petit mètre nonante arrive à toucher les mains par terre sans plier les jambes. Quand tu fais 1m90, le rapport entre la longueur des bras et celle des jambes doit être différent du nôtre, je sais pas. Bref, la prochaine fois, au lieu du HIIT, on fera du stretching, il semble que ça puisse servir dans la famille bouts de bois.

Casa Blues

Vous avez remarqué? Il fait insolemment beau depuis le début du semi-confinement. Franchement, si c'est pas pour narguer, ça! On voudrait que le toit nous tombe sur la tête qu'on s'y prendrait pas autrement. Sûrement encore un coup de Covid. Rester à la casa, c'est pas évident, rester à la casa quand il fait un temps superbe, c'est pire. Alors vous me direz que légalement, on est pas confinés. Et les réseaux sociaux de déborder de photos de personnes estimant être dans leur bon droit de prendre l'air, faire un jogging ou sortir les gosses, agrémentés de commentaires fleuris de la part du publicateur dénonçant le manque de civisme des sujets, et de réponses non moins fleuries des défenseurs des libertés individuelles, qui resteront chez eux quand les chantiers fermeront et qu'il sera donc autorisé aux pauvres ouvriers de préserver, eux aussi leur santé. S'ensuit généralement un débat stérile au cours duquel on maudit l'appât du gain qui passe avant la santé, on estime le nombre d'interventions de secours des trois dernières semaines dues à la pratique de loisirs à risques et on profite de critiquer les décisions des autorités ou les amendes d'ordre. Je n'entrerai pas dans un tel débat. On est dans une situation extraordinaire, on prend tous des décisions, tous les jours, qui en d'autres temps n'ont pas grande importance et que personne ne prendrait la peine de juger. Prendre les deux derniers paquets de pâtes chez Aligro. Aller courir 10km en sachant que forcément, on va croiser du monde. Aller à la station-service juste pour s'acheter un paquet de clopes, et en plus le payer cash. Acheter un pain à la Migros plutôt que de faire marcher le petit boulanger. Chacune de ces décisions peut être motivée, et pourtant, on est tous l'incivique de quelqu'un.

Pour ceux qui souhaiteraient néanmoins se montrer le plus disciplinés possible, sachez que les recommandations de la page d'accueil de l'Office fédéral de la santé publique sont de rester à la maison sauf si vous devez aller au travail et ne pouvez pas travailler à domicile ; sauf si vous devez aller chez le médecin ou à la pharmacie ; sauf si vous devez faire les courses ou aider quelqu’un.  Après chacun voit midi à sa porte... mais de l'intérieur, c'est mieux, c'est tout.

Du coup, la météo, on en a pas grand-chose à carrer. D'ailleurs, le beau temps, c'est lassant. On avait tous un peu envie d'un bon gros week-end pluvieux pour s'envoyer les 8 nouveaux épisodes de La casa de Papel bien au chaud, calfeutrés sous une couverture, sans le moindre scrupule. Mais non, il a fallu qu'il fasse beau. Donc certains ont continué de sortir pour les loisirs, et d'autres ont continué de prendre en photo des parkings de lieux touristiques bondés, de critiquer et de défendre les pauvres ouvriers. Nous on est restés à la maison, on a pris un coup de soleil en mangeant la grillade sur la terrasse et on a pas osé s'envoyer plus de 2 épisodes de suite. Ah non 3. Enfin je sais plus. Trois jours après la sortie, en tous cas, y a plus rien à se mettre sous la dent et en plus on est doublement frustrés, par les aspects décevants de ces épisodes et par le fait que c'est clairement pas fini mais qu'aucune information ne filtre quant à la suite indispensable. Heureusement que j'ai remis la main sur une liseuse.

Shopping, shipping or not shipping

Dans les autres grands débats du moment, il y a la question de la poste et des services de livraison débordés. Grosso modo, il ne faut rien commander pour ne pas surcharger lesdits services... mais parallèlement une multitude de petits commerces ouvrent leurs shops en ligne pour essayer de survivre. Si tu veux soutenir l'un, tu mets la tête de l'autre sous l'eau. Le serpent qui se mord la queue. Certains commerces livrent eux-mêmes, ça semble être la meilleure solution... Oui mais. Personnellement, je suis quand même très consciente d'habiter dans le trou du Q du monde un lieu pas forcément facile d'accès. Alors quoi? Je fais livrer mon pain par le boulanger, ma bidoche par le boucher et mes légumes par le producteur, et je fais donc monter dans mon hameau trois véhicules différents pour éviter d'aller propager un hypothétique virus en ville... Si cela semble covido-préférable, ça risque quand même à terme de faire sortir Greta de son récent mutisme. Bref, maintenant que la durée recommandée de précautions à prendre en raison de nos symptômes est passée, je crois que je vais quand même me déplacer. Et aller quand même chez le boulanger, le boucher et le producteur, autant que possible. Mais pas trop souvent, parce qu'on doit rester à la maison. On est pas sortis de l'auberge quoi. Enfin de la maison, plutôt.



dimanche 29 mars 2020

Semaine #2


Petite note pour les abonnés Facebook: non, je ne yoyotte pas de la cafetière, le méchant virus n'a pas eu raison de mes derniers neurones, mais tout le monde n'étant pas sur Facebook, je reprends volontairement dans mon journal de quarantaine hebdomadaire quelques posts publié cette la semaine :) 

Home (school), sweet home (school)


L'école à la maison a débuté officiellement lundi dernier. Après les prises de tête infrastructurelles, nous nous y sommes donc mis. Les grands se débrouillent pour ainsi dire seuls, entre la gestion du Terminal Server, les tâches et la lecture. Reste Platinum à coacher, ce qui s'avère finalement plutôt drôle.
Cette semaine, donc, nous avons eu cours de sciences. Thème: l'eau dans tous ses états... moi aussi, après avoir expliqué que le solide, on pouvait le toucher, que le liquide, ça mouillait et que le gaz, par déduction ça devait être ce qu'on pouvait pas toucher et qui mouillait pas et ne coulait pas. Juste avant de (re)découvrir que le brouillard, en fait, c'était du liquide #VDM
Moralité, j'ai bien fait d'opter pour les langues.

En maths, on avait additions en colonnes. Me voyant corriger sa fiche sur la calculatrice Windows entre deux paragraphes de traduction (non parce que l'école à la maison, c'est bien, mais les parents, accessoirement, ils doivent aussi travailler), Platinum s'écria "Ah ben ça va plus vite comme ça!" Oui mais justement, toi tu as du temps à occuper. Beaucoup de temps. Tu me referas 3 additions pour payer ton insolence le temps que je finisse la traduction de mon communiqué urgent.
Maths encore, vas-y qu'il faut mesurer la porte d'entrée, la largeur de la chambre et autres. Autonomie: 1m39. M pour mètre, pas pour minute. Il s'est quand même débrouillé pour la brosse à dents, ça m'a laissé le temps de traduire la liste des destinataires de mon texte.
En travaux manuels, on a dû demander une dispense.
Motifs: salière de table insuffisante, réserve de sel de cuisine épuisée, quarantaine. Merci aux maîtresses de ne pas nous imposer de plats fadasses ces prochains jours au nom de la sacrosainte pâte à sel. On fera un lapin de Pâques en rouleaux de PQ à la place. C'est tendance.
En géo, fallait construire sa maison en lego. J'ai utilisé le joker de l'appel à un grand frère.
En français, on a une phrase par jour de dictée. Ca paraît pas grand-chose. Mais quand le printemps du lundi laisse place à un "printant" le jeudi ou le vendredi, tu te dis que finalement, cette période de renforcement des acquis n'est pas franchement superflue. À mon avis, c'était un acte de rébellion face à l'annonce de la météo maussade à venir.

Hâte de découvrir le programme de la deuxième semaine. Ou pas.

Tous les goûts sont dans la nature

Outre ces déboires scolaires, notre vie en quarantaine est presque un long fleuve tranquille. Après la toux, la fièvre, suis passée par un rhume de cerveau flash éclair et finalement, retour à un état normal ni vu ni connu. Covid or not Covid, telle est la question. Mon nouveau collègue (entendez celui qui a dû s'installer un poste de travail à l'arrache et qui a sans vergogne piqué le câble HDMI de la box et la chaise de bureau de l'ado), lui, s'amuse à compléter le tableau clinique avec une perte du goût et de l'odorat entre autres réjouissances. Ce à quoi le préado a rétorqué "moi aussi je veux avoir le Covid-19, comme ça je pourrai manger tous les légumes qu'elle veut maman". À quelque chose malheur est bon, comme disait l'autre.

On a rapatrié les jeux de société, mais les enfants sont intraitables, on en est quand même à la 432e partie de Mille bornes. C'est paradoxal de plus toucher la voiture et de voir des pannes d'essence et des véhicules prioritaires quand tu fermes les yeux pour t'endormir.

La mode est au "Skypapéro" et rendez-vous festifs par caméra interposée. Une occasion en or pour les radins notoires d'inviter un max de monde sans sortir le crapaud. Les vrais, les purs et durs, seront définitivement attribués à la catégorie grippe-sous quand on pourra ressortir et qu'ils viendront faire remarquer que la dernière fois, c'est eux qui ont invité.

Kobo Blues

Juste avant les directives de semi-confinement, j'avais senti souffler le vent des problèmes et commandé deux liseuses en prévoyant la fermeture imminente des bibliothèques. Je précise que les magasins étaient encore ouverts et que j'ai cherché mon bonheur en vain au 1920 avant d'ajouter à la charge de travail des postiers. Bref. Je commande mes deux liseuses. Par défaut, ça met "retrait en magasin". Je sélectionne l'option "livraison à domicile". Je valide. Carte refusée. Grrrrr. Je réessaie. Option "retrait en magasin" par défaut. Je sélectionne l'option "livraison à domicile". Je valide. Carte refusée. Je perds les nerfs, j'appelle le service client des cartes, qui me passe la banque, qui m'explique un obscur problème de deux cartes distinctes sur un même contrat blabla. Bref, problème résolu. Je retourne sur le site du magasin électronique. Option "retrait en magasin" par défaut. Je valide. Paiement accepté.

"Votre commande sera à retirer au magasin de Conthey à partir du 19 mars" #VDMbis
Je contacte immédiatement le service client par mail, vu qu'il n'y a pas de numéro de téléphone...
Le lendemain, le Conseil fédéral décide que les magasins non alimentaires ne rouvriront pas.
J'espère encore un peu que quelqu'un lira mon message (mon espoir est à peu près équivalent à celui que j'aurais si j'avais mis un papier dans une bouteille balancée à la Dranse).
Quand je reçois des nouvelles, c'est  1) un message automatique confirmant que ma commande a bien été expédiée au magasin de Conthey => la bouteille n'est donc - comme je m'y attendais - jamais arrivée au bout du Léman ; 2) un message adressé à l'ensemble de la clientèle pour dire que les articles commandés pour un retrait en magasin, "on va chercher une solution". Genre un jour, peut-être, tu les auras, tes liseuses.

Pendant ce temps, le préado a englouti les deux pavés prêtés pour sa cousine. Il a relu "Un sac de billes" et s'est refait l'intégrale d'Astérix. Je suis pas sûre qu'il soit mûr pour les Stephen King. La prochaine étape, c'est le rayon de la bibliothèque où dorment sagement mes ouvrages de matu. Il va pas aimer.

Enfin, un beau matin de confinement, les liseuses sont arrivées, sans préavis. Quelques clics ont suffi pour télécharger la suite de Hunger games et autres lectures d'ados. J'ai même réussi à cyber-emprunter un e-book pour ma pomme à la Médiathèque. Moi qui étais une lectrice papier convaincue, je découvre un nouveau monde. Une page se tourne. Au figuré, parce qu'au propre, justement, les pages ne se tournent plus. De ce que j'observe en regardant mes ados lire à haute dose, en tous cas. Parce que deux liseuses, divisé par deux ados = que pouic pour les parents #VDMter.
Cela dit, des Hunger games, y en a que trois. J'aurai peut-être accès à une Kobo avant qu'ils se trouvent un autre bouquin dont ils n'arriveront pas à décrocher!

Bonne semaine à tous, malades en isolement, confinés, pas-vraiment-confinés-mais-disciplinés, personnel soignant, personnel de vente, de livraison, personnel qui assure un max! Prenez soin de vous, et MERCI!

... et les autres

RESTEZ CHEZ VOUS

 

 

 

dimanche 22 mars 2020

Petit guide du home office

Ô toi qui jusqu'ici prenais tous les matins ta voiture, tes jambes ou les transports publics pour te rendre à ton bureau, bienvenue dans le monde impitoyable du télétravail. Comme j'y vis depuis plus de dix ans, je me permets une petite visite guidée.


Je télétravaille donc je grossis?


Oui, ou non. À toi de décider en fait. Je vois depuis une semaine les gens s'inquiéter de leur surpoids à venir comme si c'était une fatalité directement imputable au confinement (vous ne m'en voudrez pas de schématiser la situation actuelle et d'utiliser ce terme bien que j'aie parfaitement compris qu'on était pas vraiment confinés parce qu'en Suisse on est tellement plus raisonnables que le reste du monde que si on nous dit de rester chez nous, on y reste sans avoir besoin d'imprimer et signer un papier pour dire qu'on va chercher du pain pour déjeuner - j'espère que c'est vrai, mais je fais un peu mon St Thomas pour le coup) ou au fait de travailler chez soi. Alors soyons clairs, toutes les personnes qui travaillent chez elles ne sont pas obèses, tout comme il est vrai que travailler à l'extérieur et avoir libre accès à la vie sociale, aux activités de loisirs et à tout l'éventail de choses dont nous sommes pour l'instant privés ne garantit à personne de rester fit. Si ça se trouve, la pandémie va non seulement faire diminuer la pollution mondiale, mais la fermeture des fast foods et l'accès un peu moins aisé à la nourriture hyper industrialisée vont même freiner un chouïa la pandémie d'obésité. Il est permis de rêver.
Autrement dit, ce qui entraînera un changement de tendance sur votre balance ces prochains mois, c'est votre libre arbitre et non les modifications de votre situation professionnelle. Travailler chez vous ne signifie pas travailler dans votre frigo.
Quelques conseils: gardez un vrai rythme. Vos enfants sont à la maison et la même recommandation leur est faite, profitez-en. Levez-vous, prenez un bon petit déj, agendez une pause café virtuelle avec votre collègue (ma douce moitié professionnelle Aude et moi avons pour ainsi dire inventé ce principe, ils ont créé un émôticon exprès pour nous dans le chat de Gmail d'ailleurs.
A priori, il ne devrait pas y avoir de croissants ou pains au choc tout frais dans votre cuisine contrairement à la cafèt du boulot, à part si votre conjoint est un boulanger confiné... profitez-en pour croquer une pomme en cas de fringale (qui vous aura été livrée dans un panier commandé directement chez le producteur). Tirez votre café et quittez la cuisine sans ouvrir de placard. Vous n'avez pas le moral? Faites-vous un bon thé réconfortant et croquez un carré de chocolat noir (si si, un seul, c'est possible) en vérifiant que les enfants ont fait le bon exercice de Bled. Une paire d'oreilles vous fait de l'oeil? Fixez-vous un moment dans la journée où vous vous octroyez le plaisir de Pâques anticipé, après dîner, ou le soir devant la télé, quand vous voulez, mais UN moment, on ne laisse pas traîner le sachet à portée de main!
Pour le reste, malgré l'ambiance de fin du monde et les rayons de pâtes vides, vous aurez remarqué qu'on ne nous a pas encore remis de tickets de rationnement, on en est pas à se faire distribuer de l'eau potable par l'armée comme dans les zones de conflit armé, alors respirez et cuisinez. Vous avez toujours le droit de manger des fruits et des légumes, du poisson et autres éléments d'une alimentation saine et équilibrée. Les rayons ne sont pas toujours approvisionnés au moment où l'on y passe, c'est troublant, angoissant même... Optez comme dit plus haut pour les petits producteurs, qui vous prépareront ce qu'il vous faut. Pas dans l'heure, peut-être, mais dans des délais plus pratiques que les géants de la distribution (dont les sites sont de toute façon limite inaccessibles). Les boucheries indépendantes, les petits épiciers, nombreux sont ceux qui mettent des choses en place pour nous aider. Cela vaut pour les personnes à risques, mais comme je vous l'expliquais dans l'article précédent, étant nous-mêmes dans le doute à cause d'une petite fièvre et de quintes de toux, nous faisons le nécessaire pour ne mettre personne en danger.

Et les 10 000 pas?


Voilà un autre souci très tendance. Je me demande combien de ces nouveaux soucieux vérifiaient effectivement leur nombre de pas quotidien avant qu'on leur dise qu'ils allaient travailler à la maison. Je n'ai pas de montre connectée. Je n'ai pas mon téléphone-compteur-de-pas sur moi quand je me déplace dans ma maison sur trois niveaux, et c'est pourtant là que je me déplace le plus. Aucune idée donc du nombre de pas que je fais réellement dans la journée, mais il y a quoi qu'il en soit de bonnes habitudes à prendre:
- Se lever de sa chaise, au minimum une fois par heure: ne serait-ce que pour la circulation sanguine (perso, mes efforts sont insuffisants pour lutter contre mon piètre héritage veineux, mais faut le faire quand même). Faire quelques pas, s'étirer. Monter et descendre une ou deux fois les escaliers si vous en avez. Aller chercher le journal. Le travail à la maison, ça a aussi l'avantage de pouvoir aller changer la machine à laver dès qu'elle se termine. Vous avez mauvaise conscience de le faire sur votre temps de travail? Balivernes (ha ha, je suis sûre que ça faisait longtemps que vous ne l'aviez pas lu ou entendu, ce mot-là!), vous ne perdrez pas plus de temps en le faisant que si vous aviez papoté avec un collègue en allant chercher un document à l'imprimante commune. Vous avez même le temps d'étendre le linge au soleil.
- Aller se balader: parce qu'on est pas confinés, c'est Alain qui l'a dit. Pas le mien, l'autre. Donc si vous en avez la possibilité, prenez le temps d'aller marcher un moment à un endroit où vous ne croiserez pas trop de monde.
- Faire du sport en vidéo: là aussi, c'est tendance, mais de mon côté je peux vous en parler avec plus de six mois de recul. Si les raisons qui m'y ont poussée ne sont pas les mêmes qui motivent les troupes aujourd'hui (pour ma part j'avais du mal à caser le trajet, l'heure de cours collectif, le café avec la belle-soeur et le trajet retour dans mon emploi du temps en journée, et mes soirées étaient la plupart du temps trop rythmées par des trajets de taxi-foot pour être compatibles avec une activité sportive pour moi), je ne peux que vous encourager à vous y mettre. Vous trouverez sur YouTube de quoi faire selon vos envies et votre niveau. Pourquoi des vidéos me direz-vous? Parce qu'il y a de très bonnes chaînes tenues par de vrais coachs professionnels qui vont vous motiver et vous aider à être réguliers. Parce que tout le monde a déjà commandé un appareil de gym (vélo, tapis de course ou autre appareil compact pour se faire des abdos en acier ou des fessiers galbés) qui a rapidement trouvé sa place sous le lit pour ne plus en sortir. Donc pour ne pas arrêter et trouver mieux à faire dès la 2e séance, il faut mettre en place une routine. Cherchez et trouvez ce qui vous plaît. Du prof d'éducation physique saviésan qui propose son heure de gym en ligne tous les jours à la "TeamCovid"(https://www.lenouvelliste.ch/dossiers/coronavirus/articles/coronavirus-chaque-jour-une-video-de-sport-pour-inciter-les-eleves-et-les-autres-a-bouger-921167?aio-facebook-post) aux petits challenges sous forme de "calendrier", tout est bon à prendre. Pour ma part, ma chaîne fétiche s'appelle Move your Fit et propose des séances d'une vingtaine de minutes, sur toutes sortes de thèmes en temps normal, avec un challenge spécial quarantaine et une session live (parfois format parent-enfant plutôt très ludique) tous les matins à 10h30 actuellement. Essayez, le pire qui puisse vous arriver c'est de transpirer un bon coup!

Et les enfants pendant ce temps?


Sur ce point-là, dites-vous bien qu'on en est tous au même point: celui du creusage de méninges.
En temps normal, je profite de 32 x 45 minutes d'école (plus les temps de déplacement, de récré et d'attente des transports publics), synonymes de silence et donc propices à la concentration. Aujourd'hui je dois m'en passer, comme vous. Lors des vacances scolaires, j'essaie autant que possible de me lever avec le soleil et d'abattre tout le job possible avant le lever des marmots. Comme c'est les vacances justement, ils font la grasse mat, ça aide. Quand ils émergent, on peut donc passer tous ensemble la conscience plus ou moins tranquille au mode vacances. Bref, pas grand-chose à voir avec ce que nous vivons aujourd'hui. Dans les conditions actuelles, ils sont censés être eux mêmes occupés un certain nombre d'heures par jour par des tâches intellectuelles. J'ai donc d'abord pensé que nous allions tous travailler simultanément en parfaite harmonie le sourire aux lèvres en regardant les licornes qui broutaient paisiblement dans le pré voisin, enjolivant l'horizon de l'arc-en-ciel diffusé par leur queue multicolore. J'ai assez vite déchanté.
Tout d'abord il y a Platinum, en 5e. Jusqu'ici, ses tâches se sont cantonnées aux fiches de devoirs et autres coin lecture que les maîtresses avaient donné avant même de savoir que les portes de l'école resteraient fermées le lundi suivant. Dès demain lundi, il va falloir qu'il aille voir sur la plateforme ses tâches du jour. Il va falloir le coacher. J'imagine que des "mamaaaaaaaaaaaaan, je trouve pas le complément de phrase" et autres "mamaaaaaaaaaaaaan, j'ai fini le premier exercice de la page 1, je peux faire une pause" viendront interrompre mon élan concentratoire à un rythme plus soutenu que les propositions de mandats.
Ensuite il y a les ados, respectivement en 9e et 11e. Comme je l'ai déjà brièvement mentionné dans le premier article du journal de quarantaine, va falloir jongler au niveau de l'équipement. Les postes de travail sont aménagés, il faudra sûrement mettre en place un tournus entre mon ordinateur supersonique, le PC qui rame mais qui fonctionne avec beaucoup de patience et les bureaux à l'ancienne. On fera un chifoumi pour décider qui commence où. Reste à voir le temps effectif d'occupation scolaire. Et à espérer l'adhésion au programme imposé. Toutefois, je reste sur mon idée que l'apprentissage ne se fait pas que dans des livres. Il y aura donc aussi économie familiale au programme, lecture, beaucoup, mais c'est heureusement quelque chose de déjà bien instauré chez nous. Jeux collectifs. Entraide. Et pas trop d'entre-tuage, si possible. Les jeux de société sont récupérés. Tout ça fera l'objet d'un prochain article. Si vraiment ils ne sont pas assez occupés et que je juge leur volume de production écrite insuffisant, je leur confierai à chacun l'écriture d'un article de blog.


samedi 21 mars 2020

Journal de quarantaine, semaine #1

Samedi 21 mars. Début du printemps.

Normalement, aujourd'hui, nous devions accueillir un ado de Münsingen pour quelques jours, partenaire d'échange linguistique du préado. Au lieu de cela, nous ne côtoyons plus quiconque hors cercle familial étroit (2 parents et 3 enfants) à moins de 2m de distance.

Et dire que nous croyions que c'était en Chine, que c'était loin... et qu'aujourd'hui je n'ose plus même aller à l'épicerie du village.

Et dire qu'on se disait que c'était une maladie qui n'était dangereuse que pour la population à risque, et qu'aujourd'hui nous tremblons pour pour nos parents.

Et dire que nous pensions que nous étions plus forts que tout, bien à l'abri, dans un pays riche et prospère.

Toutes nos certitudes se sont écroulées. Tous nos acquis sont ébranlés. Et pourtant, nous devons rester debout et croire fermement que le chaos ambiant apportera du positif.

Depuis une semaine, le mot d'ordre c'est de rester chez soi. J'ai renvoyé des enfants du hameau, larmes aux yeux, alors qu'ils venaient en toute innocence chercher Platinum pour jouer. C'est dur pour les enfants.

Cette première semaine a été consacrée à l'adaptation.
De mon point de vue, la pression environnante mérite qu'on prenne le temps d'encaisser. Nous autres, parents, qui devrons ces prochaines semaines jongler avec des enfants non seulement "scolarisés à la maison", mais en plus privés de toute activité extérieure et de toute interaction sociale. Mais aussi les enfants, qui aussi ont besoin d'un temps d'adaptation, n'en déplaise au prof d'allemand qui a crié au devoir non rendu par le préado le premier lundi de "l'école à la maison" à 16h tapantes - ils entendent, ils assimilent, ils ont peur, ils doivent changer de mode de fonctionnement, de mode de pensée même. Nous avons tous besoin de prendre une bonne inspiration et de souffler encore davantage. Nos enfants ne vont pas être en échec scolaire s'ils n'ont pas fait 15 pages de BLED cette semaine. Sérieusement. J'ai eu l'occasion d'échanger avec des mamans et des enseignants de mon entourage, les décalages sont énormes, mais j'ai la conviction que le résultat dans quelques semaines ne le sera pas tant que ça... Inspirons... Expirons... et faisons tous de notre mieux en tenant compte des circonstances - extraordinaires? uniques? historiques?

C'était juste mon petit besoin de mise à plat personnel. Avant de passer au "rigolo", je vais encore faire une petite dédicace à mes ami(e)s et proches qui travaillent dans les domaines chauds, de la santé, de la grande distribution, de la livraison et autres. Je ne citerai pas de noms, ils se reconnaîtront et j'espère n'oublier personne dans mes messages d'encouragement privés. On pense à vous, on sait que ce n'est pas facile mais que la société a besoin de vous plus que jamais. MERCI!!

Envoi d'ondes positives aussi à ceux qui sont - ne leur en déplaise [mais non vous êtes pas vieux, vous êtes juste expérimentés] -  dans les groupes à risque et en attente de leurs résultats de dépistage.

Bon, ce journal de la quarantaine donc:

- En une semaine, un préado peut apprendre à faire la lessive et y prendre goût au point de dire "quoi? pas de machine à lancer aujourd'hui?"
Voyant mes sous-vêtements à l'abandon dans la corbeille, seuls délaissés au fond de la corbeille au moment du pliage et rangement, je me suis quand même renseignée sur le problème. "C'est gênant", m'a-t-on répondu. #VDM #fallaitfairedesfilles #nonmaiscétaitpourtantpasdesstringsendentellehein

- Un ado peut se plaindre de son incapacité momentanée à ne pas faire la grasse mat'. Mais qu'est-ce que t'as pas compris dans la phrase "L'école à la maison, c'est pas les vacances"? "Non mais j'ai compris. Mais le gars, là - Jean-Philippe Lonfat, chef du service de l'enseignement de l'État du Valais -  il a bien dit qu'il n'y aurait PROBABLEMENT pas les examens cantonaux, nons?". Ou comment motiver un ado qui a peut-être bien fini son école obligatoire avec 3 mois offerts par le généreux sponsor "COVID-19"

- "Vous avez un ordinateur et une connexion internet? Vous avez déjà installé le Terminal Server?": par les titulaires de l'ado ET du préado entre le premier samedi et le premier lundi de la quarantaine. Réponse: mais oui, bien sûr. Mise en pratique: entre le préado et ses devoirs et retard avant même d'avoir commencé et l'ado dont les profs n'ont pas - eux - fait le deuil des 3 derniers mois d'école obligatoire, on arrive à au moins 8h par jour d'utilisation informatique. Ressources disponibles: mon ancien ordi professionnel, un peu lent mais OK, et mon ordi professionnel... Autrement dit, pour les ados c'est bon, mais concrètement, comment je bosse, moi, indépendante qui travaillait tranquillement sur mon ordi 28h par semaine avant tout ce schnabe?
Après une semaine de jonglage, on essaie de réinstaller le PC pourrave récupéré à la hâte qui tente - assez vainement pour l'instant - de tourner sur Windows 7. Non, mais on a des potes informaticiens, hein, mais ils peuvent pas tant venir...

- Jour férié de quarantaine: comme un jour normal, en fait. Sauf que le co-chef de gang a pas besoin d'aller bosser dans son bureau confiné en se désinfectant les mains après chaque contact avec une poignée de porte dans sa boîte pharmaceutique. Donc on se dit qu'on va faire un jogging, parce que le 24/24, 7/7 avec la progéniture, c'est quand même compliqué. En remontant de la plaine, je perds un poumon à la montée. Bah bah, c'est normal quand tu essaies de grimper à l'allure de celui qui - il y a pas si longtemps - s'entraînait pour la patrouille [moralité: arrêter d'aller courir dehors est préférable pour votre santé et accessoirement pour le reste de la populace qui prend l'air et sur qui vous risqueriez de crachotter au passage]. Quelques heures plus tard, quintes de toux et fièvre. Et là t'envoies le psychottage à peu près au niveau de quand t'essayais de tomber enceinte pour la première fois (celles qui sont passées par là comprendront sûrement). On compte pas les jours de retard, mais on scrute la tempé et les heures de distance entre les Dafalgan indispensables. Deux jours et quelques quintes de toux assez soft plus tard, ben ça va. Donc soit je me suis fait une petite frayeur psychosomatique, soit j'ai terrassé le Corona plus vite que mon ombre. Vous tiens au courant.

Programme de fin de week-end: aller au chalet récupérer Mysterium, Time's Up et les Aventuriers du Rail. Non parce qu'au Cluedo, le colonel Moutarde arrive plus à battre les gosses, ça va pas du tout.

Les semaines à venir vont être étranges, certainement, longues, probablement, mais pas dépourvues d'enseignements. Gardons le cap et restons chez nous!





lundi 16 mars 2020

Coup d'arrêt

J'avais un article presque prêt sur ma nouvelle passion pour l'alimentation saine et équilibrée et un autre bien avancé dans ma tête sur l'étape cruciale de la signature de contrat d'apprentissage pour un gamin de 15 ans. Je pensais publier le premier au cours de la semaine à venir. Mais ça, c'était avant. Quand nous souriions - on aurait dû savoir que c'était un peu jaune - en voyant la Chine plier le genou face à un microorganisme viral. Et puis il y a eu ce vendredi 13.

Aujourd'hui notre pays, comme une bonne partie du continent et du monde, a aussi un genou à terre. Demain les enfants n'iront pas à l'école. Personne ne sait vraiment ce soir comment la vie va s'organiser, nombreux sont ceux qui sont inquiets pour leur avenir économique quand ce n'est pas pour leur santé (ou pour la pénurie de PQ, mais ce dernier phénomène restant inexpliqué, je n'épiloguerai pas). Demain mes enfants n'iront pas manger chez leurs grands-parents. Ni le lundi suivant. Ni celui d'après. Ni... On ne sait pas jusqu'à quand. Chez nous, à l'heure où je vous écris, nous espérons juste n'avoir pas été involontairement vecteurs du virus. Nous n'avons pas désobéi aux ordres. Nous avons essayé de prendre de bonnes habitudes. Mais nous avons vécu normalement jusqu'à vendredi, nous avons poursuivi nos activités sociales, nous avons été skier, nous avons, en y pensant bien, côtoyé des dizaines et des dizaines d'inconnus de tous horizons... Nous avions l'impression de faire ce qu'il fallait, nous avons parfois même essuyé des moqueries en refusant une bise ou une poignée de main. Nous nous sommes laissés rattraper par la vie, parfois, parce qu'il semblait juste indécent de taper le coude à un ami qui vient de perdre son papa. Aujourd'hui l'heure n'est plus aux exceptions ni aux demi-mesures. Les directives des autorités nous semblent drastiques, mais elles ont 15 jours de retard. Se conformer à ces mesures est un devoir civique, mais à nous d'essayer de rattraper un peu de ce retard en faisant en plus preuve de bon sens.

N'envoyez pas vos enfants jouer avec les voisins à la place de jeux.
Ne pensez pas qu'aller vite boire un verre avec des amis avant le shut down complet est une preuve de courage.
Restez à distance, même de vos parents, même si c'est dur. C'est dur pour tout le monde, pour tout le pays, pour tout le continent, pour tout le monde, au sens propre.
Pensons à ceux pour qui c'est plus dur que pour nous au lieu de nous morfondre. Pensons au personnel soignant. A ceux qui remplissent sans fin les rayons dévalisés des supermarchés. A ceux qui ne peuvent pas rester chez eux en sécurité.

Depuis plusieurs jours et aujourd'hui spécialement, je pense aussi à ceux qui perdent un proche dans ces temps difficiles. Repousser une fête d'anniversaire, des vacances, un souper de boîte ou un mariage, c'est contrariant. Mais il sera toujours temps de partager des moments de joie quand les temps durs seront derrière. Celles et ceux qui doivent dire au revoir à un proche en ce moment n'ont pas de report possible et doivent le faire de manière isolée, sans les manifestations physiques de soutien et de sympathie qui soulagent un peu la peine. Le virus n'aura pas raison de notre solidarité et de notre compassion. Nous pensons à vous.

Pour ma part, je vais essayer d'apporter un peu de gaieté à cette période morose en écrivant plus souvent. Non parce qu'il faut dire que le début avorté du tour de printemps du foot régional et l'arrêt des remontées mécaniques me libèrent un max de temps!! Et il faut en profiter pour retrouver goût aux loisirs créatifs, qu'ils ont dit!

... Les chroniques de la quarantaine rugissante n'auront jamais si bien porté leur nom!

vendredi 17 janvier 2020

Il y avait le tas de linge...

... à repasser
... à plier
... à ranger
... à laver

Il y a toujours un tas de linge dans une famille nombreuse.

Il y a aussi le coup d'aspirateur à passer.
La vaisselle à ranger.
La vaisselle à laver.
Le repas à préparer.
Les papiers à trier.
Les factures à payer.
Les emails à consulter.
Le bois à couper.
Les draps à changer.
Le compost à vider.
Le recyclé à amener.
Les "choses de la vie", comme dit une de mes amies.

Des choses de la vie qu'il faut bien faire, il y en a tous les jours. On profite des pauses que nous laisse la vie professionnelle pour s'en occuper. Résultat, on ne fait jamais de pause.
Les enfants ne sont pas franchement mieux lotis, eux qui doivent piocher sur leur temps libre pour répéter leurs verbes, étudier les mots de la dictée ou mémoriser leur livret. C'est ainsi qu'un mercredi après-midi de "congé" peut prendre des airs de bagne.

Ce mercredi-là, Platinum est arrivé à midi en disant "Pfffff, j'ai rien de chouette à faire cet après-midi". Moi non plus je n'avais rien de chouette. Juste les tas de choses de la vie.
Je me suis dit M***. Cette journée ensoleillée de janvier, elle est unique. Elle ne reviendra pas si on la laisse passer.
Alors on a fermé les livres et les cahiers et on a laissé la panière à linge là où elle se trouvait, avec la certitude absolue que les uns et les autres n'auraient pas bougé d'un pouce deux heures plus tard. On a passé un pantalon de ski et des Moon boots, on a sauté dans la voiture et on a profité des rares heures de soleil du mois de janvier au col.

Quand ils seront grands (enfin, adultes quoi, vu que l'ado m'a mis 10 cm dans la face ni vu ni connu ces dernières années), mes enfants se souviendront peut-être qu'il y avait toujours un tas de linge. Que la réponse à la question "Maman, j'ai où des chaussettes propres?" était souvent parfois "Cherche dans le tas". Mais j'espère surtout qu'ils se souviendront qu'on a profité des occasions uniques, qu'on est sortis prendre l'air et qu'on a pris le temps de partager des moments plutôt que de s'enfermer avec des obligations faussement prioritaires. Parce que la corbeille de linge se remplira toujours, alors que le temps qui passe ne revient jamais.

Carpe Diem